dimanche 4 mai 2014

Poulpe Fiction (scénario pour un petit film entre amis)

J'ai appris qu'il y avait des scénarios en libre service sur internet. En voici un de mon cru.
Tu peux le tourner ou le faire tourner.

Mode d'emploi :
Le scénario est divisé en scènes (numérotées de 1 à 17).
Le lieu où se déroule chaque scène est précisé sous son intitulé ainsi que les rôles qui y apparaissent.
Les dialogues ainsi que les textes qui doivent apparaître à l’écran sont en gras.
Nombre minimum d’acteurs : 5 (et des déguisements)

Contexte : (à expliciter dans le générique)
De mauvaises conditions climatiques ont détruit les récoltes de betterave à sucre de la petite ville de Trifouilly les Oies. Toute la ville est en hypoglycémie. Le sucre s’échange maintenant en sous-main, ce qui fait les choux gras des différentes organisations mafieuses, parmi lesquelles celle du redoutable Tino Montana.
La police lutte tant bien que mal contre ce trafic aussi illégal qu'immoral...

Scène 1.
Entrée et intérieur d’un immeuble.
Le Mafioso 1.
Le Mafioso 2.

Deux hommes de main de Tino Montana discutent en entrant dans un immeuble (Toute ressemblance avec le début de Pulp Fiction n’est absolument pas fortuite).
Mafioso 1 : Hier j’ai emmené Stacy au restaurant.
Mafioso 2 : Ah bon ? Et qu’est-ce que t’as commandé ?
Mafioso 1 : Un Big Mac avec des frites et un grand coca.
Mafioso 2 : T’as emmené ta nana au Mac Do ?
Mafioso 1 : C’est pas encore ma nana c’était juste un rencard.
Mafioso 2 : Non mais je te parle pas de ça. On n’emmène pas une fille au Mac Do !
Mafioso 1 : Pourtant John Smith a bien emmené Mia Wallace au Big Kahuna Burger.
Mafioso 2 : Ca c’est une autre histoire. Et t’as vu comment il a fini ? Tiens regarde. Il désigne une porte. C’est ici.
Ils s’arrêtent devant une porte, sonnent et entrent.

Scène 2.
Appartement des petites frappes.
Le Mafioso 1.
Le Mafioso 2.
La Petite Frappe 1.
La Petite Frappe 2.

Contexte : les deux mafioso viennent récupérer l’argent que les petites frappes doivent à Tino Montana.
La Petite Frappe 1 est allongée sur un canapé. La Petite Frappe 2 est attablée.

Texte blanc sur fond noir : En raison d’une grève inopinée des traducteurs, le passage suivant sera en VO sous-titrée avec l’aimable participation de google traduction. Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée.

Mafioso 1 : s’adresse au Mafioso 2 Fuck ! Have you seen all these burger packs ? En s’adressant à la petite frappe 2 How many girls are you dating ?
Sous-titres : Baise ! T’as vu tous ces emballages de burger ? Combien de filles est-ce que tu dates ?
Mafioso 2 : en regardant le Mafioso 1 par-dessus l’épaule. Shut up John. En s’adressant à la petite frappe 1 Do you know why we’re here you bloody son of a bitch ?
Sous-titres : Ferme haut, John. Est-ce que tu sais pourquoi on est là toi sanglant fils d'une chienne ?
Petite Frappe 1 : suppliant Tell Tino that I’ll get his money !
Sous-Titres : Raconte Tino que je deviendrai son argent
Le Mafioso 2 tue la petite frappe 2 d'un coup de revolver.
Mafioso 2 : He’s been waiting for too long. Do you know who Boris Vian is ? A French writer. He wrote il déclame avec l’accent le plus américain possible “là où les fleuves se jettent dans la mer, il se forme une barre, difficile à franchir. Et de grands remous écumeux où dansent les épaves“.
Sous-titres : Il a été attendant pour trop long. Est-ce que tu sais qui est Boris Vian ? Un français écrivain. Il écrivit « là où les fleuves se jettent dans la mer, il se forme une barre, difficile à franchir, et de grands remous écumeux où dansent les épaves ».
Le mafioso 2 tire sur la Petite Frappe 1 et la tue.

Scène 3.
A l’extérieur de l’immeuble.
Le Mafioso 1.
Le Mafioso 2.
Le Policier 1.
Le Policier 2.

Le Mafioso 1 et le Mafioso 2 sortent de l’immeuble. Le Policier 1 et le Policier 2 sont en planque devant la sortie de l'immeuble.
Mafioso 2 : Mais non on n’emmène pas sa nana au Kébab non plus !
Mafioso 1 : Ok, ok... Mais... Et au KFC ? Hein ?
Mafioso 2 : Mais non !
Ils sortent du champ, on les entend poursuivre leur discussion.
Policier 1 : à son talkie walkie/téléphone/oreillette Agent Brown au rapport. Les hommes de Tino Montana sortent de l’immeuble. Over Il entend une réponse, puis ferme son talkie walkie/téléphone/oreillette. Au policier 2 Il y a du mouvement chez Tino Montana. On va aller faire une petite planque là-bas

Scène 4.
Extérieur, aux alentours de la maison de Tino Montana.
Le Policier 1.
Le Policier 2.

Contexte : Deux agents de police sont en planque en bas de l'immeuble des Petites Frappes.
Le Policier 2 surveille le bureau de Tino Montana avec ses jumelles. Le Policier 1 est au téléphone avec son supérieur.
Policier 1 : au policier 2 Le commissaire demande ce qu’on voit.
Policier 2 : impassible Tino Montana est assis à son bureau. Anna Montana vient lui apporter un café.
Policier 1 : au téléphone, presque ennuyé Sa femme vient de lui apporter un café. Il écoute une réponse et acquiesce. Au Policier 2 Il veut qu'on continue de le tenir au courant des moindres faits et gestes de Montana.
Policier 2 : toujours impassible Le chemisier d’Anna Montana a l’air de la gratter. Il l’aide à le retirer.
Policier 1 : au téléphone, trés professionnel Il aide sa femme à retirer son chemisier. Il écoute une réponse et acquiesce. Au Policier 2 Il veut plus de détails.
Policier 2 : en s'exclamant Tino Montana monte Anna Montana !
Une voiture passe devant eux. Le Policier 1 la regarde passer.
Policier 1 : Devinez qui on vient de voir arriver...

Scène 5.
Maison de Tino Montana. (il y a des montagnes de sucre un peu partout).
Tino Montana (un cigare à la bouche).
Le Mafioso 1.
Le Mafioso 2.

Contexte : Le Mafioso 1 et le Mafioso 2 reviennent de leur mission et s'apprêtent à faire un rapport à leur employeur : le terrible Tino Montana.

Tino Montana : Mais qu’est-ce que vous avez foutu les mecs ? Je vous attends depuis trois plombes !
Mafioso 2 : On s’est arrêtés en chemin pour se faire une petite bouffe… Le boulot ça creuse. (note du scénariste : c’est pas le boulot qui vous a donnés faim. C’est parce que vous ne pouvez pas vous empêcher de parler de bouffe, bande de gros morphales de mes deux).
Mafioso 1 : Mais pourquoi les avoir butés au juste ? C’était juste des dalleux en manque de sucre.
Tino Montana : Les dalleux, c’est comme les cafards. Dès que t’en as un, t’en as cent.
Mafioso 2 : Il sort un document de la poche de son costume et le tend à Tino Montana.On a trouvé ça là-bas.
Tino Montana : il lit le document Hum… intéressant… je sens que l’on ne va plus avoir de problème avec les autres bandes rivales pendant un bon bout de temps…
Il chasse ses hommes de main d’un geste dédaigneux de la main. Les mafioso 1 et 2 sortent de la pièce.

Scène 6.
Bureau de Tino Montana.
Tino Montana.

Texte blanc sur fond noir : En raison de la désorganisation suscitée par un mouvement social inopiné des traducteurs, les techniciens ont interverti les bandes entre différentes versions du film. Nous vous prions de nous en excuser.
Tino Montana : compose un numéro et parle au combiné en japonais Tabudusaké… Aïkido ! Kawaï Namasté Namakimas… Aligato. Saïonara.

Scène 7.
Intérieur du bureau du commissaire de police.
Le commissaire de police.
L'Adjoint du commissaire.

Le commissaire de police est au téléphone avec un interlocuteur inconnu. Il acquiesce en prenant des notes puis raccroche.
Le commissaire de police : à l'Adjoint Demain matin, sur les bords de la Seine. On va enfin mettre un terme à ce trafic odieux. Finis les caries et les kilos en trop !

Scène 8.
Bords de la Seine.
Le Leader de bande rivale 1.
Le Leader de bande Rivale 2.
Le Commissaire de police.
Le Policier 1.
Le Policier 2.

Les Leaders de bandes rivales arrivent chacun de leur côté et se retrouvent pour procéder à leur échange crapuleux : sucre illégal contre argent sale. Le Leader de la bande rivale 1 tient une mallette pleine de billets. Le Leader de la bande rivale 2 tient un sac qui a l’air plein de sacs de sucre illégal.

Leader de bande rivale 1 : au leader de la bande rivale 2 J’ai l’argent. T'as la came ?
Leader de bande rivale 2 : au leader de la bande rivale 1 Ouais, j'ai la came. Envoie le pognon.
Le commissaire de police et les policiers 1 et 2 surgissent dans le champ en braquant leurs armes sur les dealers de sucre.
Commissaire de police : Mains en l’air saloperies de dealers de sucre de mes deux !
Le Leader de la bande rivale 1 et le Leader de la bande rivale 2 lèvent leurs mains, impuissants. Le Policier 1 et le Policier 2 s'approchent d'eux pour leur passer les menottes.

Scène 9.
Commissariat de police, bureau du commissaire.
Le Commissaire de police.
Le Leader de la bande rivale 1.

Commissaire de police : au Leader de la bande rivale 1 On t’a pris en flag de trafic de sucre. C’est grave. Très grave. Tu vas prendre, oh tu vas prendre, pour au moins trente ans. Songeur, il regarde en l’air Sauf si t’as quelque chose qui pourrait m’intéresser… Il regarde le leader de la bande rivale droit dans les yeux. Quelque chose qui puisse m’aider à coincer Tino Montana.
Leader de bande rivale 1 : Je sais qu’il a fait décapiter un eunuque la semaine dernière !
Commissaire de police : énervé Tu me racontes des histoires sans queue ni tête !
Leader de bande rivale 1 : Je vous jure que c’est la vérité !
Le commissaire : D’accord. Cette fois-ci Tino Montana, tu ne m’échapperas pas. Il sort de la pièce et on l'entend crier Tout le monde en tenue d’intervention !

Scène 10.
Commissariat de Police, bureau de l’adjoint.
L’Adjoint.
Le Leader de la bande rivale 2.

Le Leader de la bande rivale 2 : Je veux appeler mon avocat. L’Adjoint acquiesce à contrecœur, lui donne un téléphone et sort de la pièce. Allô M. Black ? Comment ça vous voulez que je vous appelle "maître" ? Mais allez vous faire, "maître" ! Bon vous me laissez parler ? Je suis au commissariat. On a été trahis. Il n’y a qu’une seule personne qui ait pu faire le coup. Je veux que vous demandiez à qui vous savez de faire le nécessaire le nécessaire.

Dénouement

Scène 11.
Hall de la maison de Tino Montana.
Le Mafioso 1.
Le Commissaire de police.
Le Policier 1.
Le Policier 2.

Le Commissaire de police escorté par le Policier 1 et le Policier 2 entre dans la maison par l’entrée principale et tombe sur le Mafioso 1 qui essaie de les arrêter. Fusillade. Le Mafioso 1 s’effondre.

Scène 12.
Deuxième entrée de la maison de Tino Montana.
Le Mafioso 2.
Le Tueur lambda 1.
Le Tueur lambda 2.
Le Tueur lambda 3.

Les trois tueurs lambda entrent par l’entrée secondaire et tombent sur le mafioso 2. Fusillade. Le Mafioso 2 s’effondre.

Scène 13.
Bureau de Tino Montana.
Tino Montana.

Tino Montana, trés agité, fourre des sacs de sucre et des liasses de billets dans un sac de voyage.
Tino Montana : à lui même Mon petit Tino, ça sent le roussi !

Scène 14.
Hall de la maison de Tino Montana.
Le Commissaire de police.
Le Policier 1.
Le Policier 2.

Le commissaire de police : crie dans la maison Montana ! Rends toi ! Nous sommes fermement déterminés à t’arrêter pour t’empêcher de nuire !

Scène 15.
Bureau de Tino Montana.
Tino Montana.

Tino Montana : Diantre ! Des policiers fermement déterminés à m’arrêter pour m’empêcher de nuire ! il s'enfuit avec son sac de voyage par la deuxième entrée de sa maison.

Scène 16.
Deuxième entrée de la maison de Tino Montana.
Tino Montana.
Le Tueur lambda 1.
Le Tueur lambda 2.
Le Tueur lambda 3.

Tueur lambda 1 : Nous sommes une coalition d’hommes de main issus de bandes rivales venus venger ceux que tu as dénoncés !
Tino Montana : Fichtre ! Une coalition d’hommes de main issus de bandes rivales venus venger ceux que j’ai dénoncés !

Scène 17.
Deuxième entrée de la maison de Tino Montana.
Tino Montana.
Une horde de figurants.

Le plateau est envahi par une manifestation de traducteurs qui scandent « Traducteurs pas contents ! ». L’un d’eux met sa main sur l’objectif de la caméra. (Comme à la fin de Holy Grail).
Fin.

mardi 22 avril 2014

vendredi 14 février 2014

Dictionnaire Féminin-Français à destination d'individus mâles

Ankyloser : Action de prendre du poids. Ex : "Je suis toute ankylosée". Phrase à laquelle vous vous devez de répondre que non, elle n'a pas grossi, quel que soit votre avis.

Boileau-Velkacem (Najat) : Personne trés télégénique et accessoirement ministre de tutelle de madame.

Cadeau : Objet destiné à être offert et compliqué à trouver. Aussi surprenant que cela puisse paraître, elle sera ravie avec un encensoir à bougies, un embougeoir à encens ou un truc de cet acabit. Certaines dames ayant une bonne âme donnent des indices subtils concernant leurs attentes.

Si vous n'êtes pas capable de comprendre les sous-entendus, madame saura employer des tournures de phrases plus concrètes.

Calorie : Unité d'évaluation des apports alimentaires. Cette mesure ingrate est effectuée par le Comité des Glucides qui dispose d'un droit de veto. Bien entendu, ce comité termine son service le vendredi à 18h et il est injoignable pendant les vacances.

Chaussures : Accessoire vestimentaire dont l'unité de mesure standard est la dizaine de paires. La taxinomie la plus commune est "bottes, bottines, bottines basses, chaussures montantes, richelieu, derbys, escarpins, ballerines, sandales, tongs, claquettes, baskets". Bien entendu, il existe d'autres classifications moins simplistes.

Chemise : Robe en puissance. Les tutoriels expliquant comment transformer une chemise d'homme en robe pour femme ne sont toujours pas interdits sur Youtube : ne laissez pas traîner vos fringues.

Clou : Une femme à qui vous demanderez un clou vous tendra parfois une vis. Et vice versa.

Coiffeur : Artisan capillaire ayant choisi Féminin en LV2. Une phrase comportant le terme "coiffeur" doit-être suivie quelques heures/jours plus tard d'un compliment. Mais quand ? Là est justement toute la question. Trop tôt, ce serait de la flagornerie, trop tard... ce serait trop tard. Astuce : restez dans le vague. "Tu as un visage rayonnant", par exemple, en est un qui n'a plus à faire ses preuves. Elle se chargera elle même de poursuivre par "C'est parce que je sors de chez le coiffeur", (dans le mille, vous pouvez souffler) ou par "C'est ma nouvelle crème pour le visage" (réitérez le compliment quelques jours plus tard).

Croissant : Pain au chocolat pour période de régime.
Voire aussi Nutella

Cruche : Se dit d'une fille qui a épousé un maître nageur. "Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se case".

Dilater : Se dit communément d'une matière ou d'un tissu qui augmente de volume. Ex : les pupilles dilatées. De pupilles à papilles il n'y a qu'un pas et une femme, pour vous dire à la fin d'un repas qu'elle a les papilles sensibles, vous dira que sa bouche est dilatée. Faites trés attention.

Gordon-Levitt (Joseph) : Individu qui serait selon elle un danger pour vous. Admettons.
Voire aussi Orgasme, Nutella

Gosling (Ryan) : Individu qui arrive juste après Joseph Gordon-Levitt dans l'ordre alphabétique mais dont la position peut être différente dans d'autres ordres (celui des préférences, par exemple).

Horoscope : Éphéméride consulté régulièrement par madame tout en précisant d'un ton léger qu'elle ne croit pas trop à ces trucs là.

Johanson (Scarlett) : Femme qui n'arrive pas à la cheville de votre copine. Entraînez vous devant la glace à déclamer "Elle est moins sexy que toi". Il se peut que ça ne vous paraisse pas naturel au début.
Voire aussi Cruz (Pénélope)

Nutella : Aliment convoité en période de régime. 
Voire aussi Orgasme

Onfray (Michel) : Excitant pour pintades, à servir à petites doses.
Voire aussi Beau brun ténébreux

Pain au chocolat : Viennoiserie dont l'unité de valeur est la barre de chocolat. Une barre, c'est pas de chance. Deux barres, c'est conforme aux espérances. Trois barres, c'est Byzance.

Père : Rival qui joue mieux de la guitare que vous mais que vous n'avez pas le droit de descendre.

Plaid : Ustensile servant à transformer un canapé en petit four.

Presse féminine : Classe de magazines qui ne sont lus "que pendant les vacances".

Régime : Etat d'une femme en dehors des 24 et 31 décembre.

Robe : Accessoire vestimentaire qui est forcément superbe s'il est nouvellement dans une penderie féminine. Entendons nous bien : s'il vient d'entrer dans la penderie de votre copine, il est superbe. Point.

Saint-Valentin : Fête dénigrée en public pour son côté commercial. Pour autant, n'oubliez pas de lui faire un cadeau en privé.
Voire aussi Cadeau 

Sport : Activité consistant à choisir des chaussures, une tenue, une coiffure, une playlist pour aller courir dix minutes dans une salle et mater trois quart d'heures les mecs qui font des abdos.

Twingo : Voiture de charme conduite par un homme de goût.

Vaisselle : Pratique particulièrement excitante pour une femme quand elle est réalisée par un homme. Ou du moins, c'est ce qu'elle lui laisse croire avant qu'il ne l'ait faite.
Voire aussi Préliminaires

Vernis : Mystère féminin ultime et insondable malgré son cantonnement à une petite surface. 

jeudi 6 février 2014

Psychosociologie des aiguilles de montres

"L'analyse pointue d'un sujet épineux" Sigmund Freud.

Cher lecteur, tu t’imagines peut-être que dans le boîtier de ton garde-temps, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Pauvre fou, tu te fourvoies, vois-tu, et je vais t’expliquer pourquoi.
Portrait des différents intervenants et diagnostic de leur santé mentale.

La trotteuse

A l'image du cheval dans la fable de George Orwell, "la ferme des animaux", cette aiguille est le socle de l'appareil productif. C'est aussi la plus toquée de toute la tocante : elle est pétrie de névroses, constamment anxieuse, agitée.

En mouvement, à l’arrêt. En mouvement, à l’arrêt. Sa principale tare est due à son incapacité à choisir une direction et à s’y tenir. Cette bipolarité couplée à la vitesse à laquelle elle se déplace lui vaut le surnom de « bip bip » auprès de ses congénères. D’aucuns pourraient rétorquer que les trotteuses des montres automatiques sont plus constantes dans leur comportement. Et bien non : ce sont juste des aiguilles qui tournent au lithium.

Prolétaire des temps modernes et du temps qui passe, abrutie par la répétitivité de son quotidien, la trotteuse se cantonne à exécuter ses tâches sans avoir la moindre idée de leur utilité. Elle n'a même plus conscience de travailler. Elle est ailleurs, dans son monde, perchée.

Photo en coupe d'un boîtier de montre où l'on aperçoit une trotteuse aux prises avec son quotidien. Ce spécimen est particulièrement atteint dans son intégrité psychologique.

L’aiguille des minutes

Elle est la seule à savoir que soixante secondes font une minute et que soixante minutes font une heure. C’est donc l’intellectuelle de la bande.

L’aiguille des minutes a remarqué qu’elle faisait en une journée ce que d’autres faisaient en deux semaines, et ça la ronge. Parce qu’en plus, elle a les dents qui rayent le cadran. Elle rêve d’un putsch qui à ses yeux ne serait que justice sans jamais oser passer à l’action, et ce pour deux raisons. La première, c’est que bien souvent, elle est suisse*. La deuxième, c’est qu’elle a peur de la relégation en troisième division et des dégâts mentaux qui l’accompagnent. Car c’est uniquement quand les masses n’ont plus rien à perdre qu’elles se révoltent. Ce besoin de renverser l’ordre établi difficilement contenu par une crainte très bourgeoise de déclassement social ont précipité l’aiguille des minutes dans une profonde schizophrénie.

L’aiguille des heures

C’est une aristocrate ventripotente et consciente de ses privilèges. Oui, c’est vrai : elle met une demie journée pour faire ce que d’autres font en une heure. Et alors ? Elle, elle a des responsabilités. Et il faut bien que quelqu'un le fasse, son boulot. Elle aime répéter à qui veut bien l’entendre qu’elle est l’élément indispensable de tout ce petit monde. Ce qui n’est pas forcément vrai, d’ailleurs.

La vie oisive et étiolée qu'elle mène et la crainte permanente d'un soulèvement des classes laborieuses suscitent chez cette aiguille une paranoïa aiguë.

Tout tourne-t-il rond dans le boîtier d'une montre ? Si le petit monde qui l'habite peut sembler au premier abord paisible et harmonieux, en creusant notre étude, nous découvrons que cet équilibre n'est que la résultante de troubles plus ou moins graves à l'échelle des individus, d'où une certaine instabilité. Ainsi, notre étude a mis en exergue une société dont les rouages sont sensibles au moindre mouvement social.

La semaine prochaine, nous étudierons le refoulement des pulsions chez les touches de clavier.

*"En Italie, sous les Borgia, pendant trente ans, ce ne furent que guerres, terreur, massacres, bains de sang, et il y eut Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. En Suisse, cinq cents ans de démocratie, de paix, d'amour fraternel, et cela a donné quoi ? Le pendule à coucou !" Le Troisième Homme,  Carol Reed.

lundi 13 janvier 2014

Maud la Fashionista

Bien entendu, elle travaille dans la mode. Ce n’est pas le genre de fille qui irait bosser pour une ONG, si vous voyez ce que je veux dire.

En fait, je ne l’aime pas trop, mais comme c’est la meuf d'un de mes amis, je suis obligé de la fréquenter. L’autre jour, j’ai demandé à mon pote : « Ça fait combien de temps que ça dure, ton amourette avec elle ?
-Depuis la première.
-La première année de fac ? Ça va, c’était y’a pas si longtemps, tu n’as fini ton M2 que l’année dernière…
-Non, la première. »

Bon ok, elle ressemble à Mélanie Laurent.

"T'es au courant qu'il y a une fille avec des yeux de cocker dans ton coffre là ?"

Une fois, elle m’a dit un truc gentil : « Elles sont super jolies tes nouvelles chaussures, tu les as achetées où ?
-Euh... San Marina...
-Attends fais voir ? Ah j’avais pas bien vu, elles sont pas si folles que ça en fait ».

Et encore, moi elle me traite bien. Une fois elle a critiqué la tenue de son mec, devant moi : « le chino, c’est complètement yesterday, il n’y a plus que Hedi Slimane qui en fait mais on sait tous qu’il est complètement en panne d’inspiration. Hein Jérôme ?
-Qui ça ? ». Là, j’ai essayé de me la jouer bobo branchouille pour qu’elle m’épargne : « Ah oui, il est complètement 2013 ! »
Elle a ri : « dire qu’un truc est « complètement 2013 », c’est comme les chinos, Hedi Slimane et les Beatles. C’est... Yesterday ».
Si on ne se comprend pas, elle et moi, c’est aussi à cause du vocabulaire : « Tu me passes mon foulard framboise écrasée ? ». Je lui en ai passé un. «Non, ça c’est le rose ». Je lui en ai passé un autre. « Non, ça c’est le fushia ». Elle m’a jeté un regard qui voulait dire « mais c’est qui ce gars mal dégrossi ? » et elle est allée se le chercher elle-même, son torchon.

Je me souviens aussi de la fois où elle avait acheté une cravate à son copain qui n'en porte jamais. Les cravates à rayures verticales, c'est comme le clou de girofle : on aime ou on n'aime pas.

Leur lapin s’amusait à croquer les passants de mon jean. Pas rancunier, je lui ai appris à faire des trucs marrants, comme manger des sacs plastiques. C’était leur rendre service de les débarrasser de cette saleté.

Forcément, elle habite à Paris. « Poissy ? C’est où ? Les Yvelines ? Connais pas. T’es venu en RER ? Mais comment t’as du trop galérer pour venir ! »

J’ai essayé de lui faire comprendre que je ne l’aimais pas : pour son anniversaire, je lui ai offert une échelle que j’avais échangée à un inconnu qui attendait un taxi à St-Michel contre deux Lucky Light. « Cool, c’est exactement ce qu’il nous fallait pour étendre des serviettes ! ». Loupé.

Et elle a une salle manie aussi : elle adore faire des brocantes. Un jour, je me suis pointé chez eux et j'ai demandé à mon pote : « Euh… Tu sais qu’il y a un faisan qui s’est installé sur ta commode ?
-Oui, c’est un moulage de Charles Lemanceau. Il était à 5 euros, mais Maud l’a négocié à 3 ».
En rentrant chez moi, je suis allé voir sur eBay à combien s’échangeaient ces bibelots. C’est là que j’ai commencé à vraiment la détester.

mercredi 31 juillet 2013

Un peu de poésie

Je sais que ma cousine Marie est née en mai : elle a le tempérament de quelqu'un qui a été accueilli lors de sa venue au monde par un soleil qui brillait, des oiseaux qui chantaient et des arbres en fleurs. Mais si je connais le mois de sa date de naissance, je n'en connais pas le jour.

Ce premier mai, je me suis dit que j'allais tout simplement la demander à son frère. Sauf qu'il avait changé de numéro un an avant et que j'avais oublié de l'enregistrer. Le dix, je me suis dit que j'allais lui souhaiter son anniv le 15. Je me tromperais peut-être, mais pas de plus de deux semaines, l'honneur et les relations familiales seraient saufs. Et de toutes façons, il lui arrive souvent de se planter au moment de me souhaiter mon anniv donc ça aurait été un peu osé de sa part de m'en tenir rigueur. Sauf que le 15, j'étais persuadé qu'elle était née le 19. Et le 19, j'ai oublié de le lui souhaiter... Mais elle était née le 31, d'accord, j'avais un peu hésité avant, mais maintenant j'en étais certain. Et puis le 31, je me suis souvenu qu'en fait c'était l'anniv de Mélissa et non pas de ma cousine.

Début juin, pour sauver les meubles, j'ai décidé de frapper un grand coup en composant pour elle ce qui suit.

Je n’ignore pas qu’il est une date en mai
Qu’il eût été courtois pour moi de te souhaiter.
Le dix-neuf ? Le trente ? Ou peut-être bien le vingt…
Occupé à chercher, je ne vis poindre juin.

Combien de fois ai-je amèrement souligné
Un très léger défaut de ton calendrier
Alors qu’une erreur de seulement quelques heures
N’avait pas d’importance en mon for intérieur ?

A moi le fiel, l’opprobre, que dis-je, la turpitude,
Si je ne corrige prestement cette attitude !
Vite ! Lui écrire une épître ! Mais quoi ? Un sonnet !

Daigne accepter mes excuses et ces quelques vers.
Je te souhaite en retard un bon anniversaire,
Et je salue ta clémence, et son masculin.

(Ce dernier vers faisant référence à son copain)

J'ai fait profil bas pendant quelques jours pour lui laisser le temps de préparer un retour élégiaque, et elle m'a appelé : "Jérôme, je vais faire étudier ton texte par mes élèves" (elle est prof de français). J'étais flatté derrière le combiné. Je suis resté silencieux pour l'empêcher de voir que je rougissais. Elle a continué : "Non, c'est une blague ! Bon tu sais que normalement dans un sonnet tu dois alterner rime féminine et rime masculine ?". Là, elle s'est lancée dans un commentaire abscons en pointant les "absences notoires d'anacoluthes, de syllepses et de diérèses à l'hémistiche". Je n'avais toujours rien dit, et je voyais rien d'autre à faire que continuer sur ma lancée. Elle a porté le coup de grâce avant de raccrocher : "De toutes façons je suis née en février".

Sa réponse à mon poème m'avait un peu paumé, je dirais même plus, j'étais sonné.

C'est bien la dernière fois que je me prends la tête pour lui souhaiter son anniversaire de manière personnalisée. La prochaine fois, je lui paierai un verre. Ou je lui ferai livrer un joli bouquet. Et pour ça Marie est née au moment parfait : les iris fleurissent à la fin du mois de mai.

vendredi 12 avril 2013

L’humour lorrain, c’est quand c’est drôle et que ça ne parle pas de crème fraîche.

Une fois n’est pas couture, comme disait Charlély, j’ai décidé de faire la promo d’un blog que j’aime bien, Alicetbert.

Ce blog est tenu par deux pintades messines. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec la volaille, la pintade messine se situe entre la gallinette cendrée et le chapon germanopratin. Les plus futés d’entre vous auront compris que les rédactrices ne s’appellent pas Micheline et Henriette, et encore moins Gertrude et Joséphine. Bert est une passionnée de photographie colombienne qui se drogue au Sanytol. Quant à la deuxième, Alice, ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est le Nutella et Joseph Gordon Lewitt, plutôt ensemble que séparément. Elles m’avaient contacté pour une interview lors de leur étude sur "l’homme-trophée", c’est comme ça que j’ai fait leur connaissance, et avec le temps je me suis mis à leur donner des conseils ici ou .

Bon mais de quoi parle-t-il ce blog ?

Alicetbert vous fait voyager dans une contrée lointaine peuplée d’individus étranges : Jean-Poney qui vous insuffle une haleine de café/clope dès le lundi matin, Marie-Melon qui a une capacité respiratoire surdéveloppée, Jean-Crush, celui sur qui elles ont jeté leur dévolu et qui aura peut-être le privilège d’être rebaptisé Jean-Love… Bien entendu, le blog relate des aventures extraordinaires : "Alicetbert va chez le coiffeur", "Alicetbert entame un régime" pour ne citer que les plus palpitantes d’entre elles.

Y’a-t-il des sujets tabous ?

Oui : une fois j’ai utilisé le terme "crème fraîche" dans un commentaire. Je me suis fait bannir.

A qui ce blog s’adresse-t-il ?

Ce blog s’adresse aux femmes capitaines d’infanterie qui roulent des patins aux conscrits, aux femmes ayant réussi l’amalgame de l’autorité et du charme, bref, aux femmes nées dans les années 80, et aux hommes qui cherchent à les comprendre (messieurs connaissez-vous la différence entre une tenue d’intérieur et un pyjama ? Savez-vous ce qu’une femme attend d’un coiffeur quand elle lui demande de "couper tout en gardant la longueur" ?).

Est-ce qu’elles postent souvent ?

C’est là que ça se complique. Premier problème : le comité de rédaction se réunit lors de soirées "apérobic" : elles se munissent d’une bouteille de Chardonnay, d’un stylo, et ça part en cacahuètes. Quand elles reprennent leurs esprits le lendemain en fin de matinée, elles prennent deux aspirines chacune, relisent ce qu’elles ont écrit la veille, se jettent un regard approbateur et le postent sur leur blog. Deuxième problème : la moitié du comité de rédaction consacre une bonne partie de son temps à la fréquentation d’une salle de sport, ce qui restreint d’autant le temps qu’elles consacrent à l’écriture.

Un fan qui trouve qu’elles ne postent pas assez souvent d’articles

Je vous invite donc à aller faire un tour sur ce
blog mais attention à ce que vous dites dans les commentaires…