vendredi 15 février 2013

Il y a des moments dans la vie d'un homme où...

Il y a des moments dans la vie d'un homme où il se trouve seul, face à son destin.
Moi, c'est quand je dois faire un cadeau. Ce n'est pas un problème de radinerie ou de volonté mais à chaque fois que je dois faire un cadeau, il y a des complications. Premièrement, il faut avoir une idée de ce qu'on va offrir. Ainsi, deux heures avant l'anniversaire de ma sœur cet été, j'ai reçu l'appel d'une cousine.
Marie : "Hé Jérôme t'as acheté quoi comme cadeau à ta sœur ? Je peux participer ?"
Jérôme : "T'as oublié à qui tu t'adressais ? Je n'ai pas encore trouvé de cadeau ! Je crois que je vais lui acheter un livre..."
Marie : "C'est un livre que tu as aimé ? Il paraît que c'est mal poli d'offrir des livres qu'on n'a pas lus..."
Deuxièmement, si on achète un livre, il faut qu'on l'ait déjà lu. Ce principe de politesse est assez juste. Après tout, si on offre un livre qu'on n'a pas lu, on sous-entend un peu : "Tiens je t'offre un bouquin... Non je ne l'ai pas lu, tu sais bien que ma vie est trop palpitante pour que j'aie du temps à consacrer à ces conneries. Mais toi, avec ta vie de merde je suis sûr que tu trouveras le temps de le lire et avec tes goûts de chiottes, je suis sûr que ça va te plaire. Allez bon anniv’ !".
Troisièmement, un objet quelconque n'a le statut de "cadeau" qu'une fois qu'il est recouvert d'un assemblage compliqué de papier coloré et de scotch aussi connu sous le nom d’« emballage ». Les miens m'ont rarement emballé. Il y a longtemps, j'avais connu une fille qui faisait les paquets à l'Univers du Livre pour payer ses études. Elle avait mon âge, mais ses facultés étaient nettement plus développées : vous lui donniez n'importe quoi, elle y jetait un coup d'œil désinvolte et deux coups de ciseaux plus tard elle vous rendait votre cadeau empaqueté à la perfection. Aujourd'hui, je ne sais pas ce que cette fille est devenue. Elle doit probablement travailler dans un ministère ou dans la recherche contre le cancer.
J'avoue avoir cédé quelques fois à la tentation de la pochette cadeau Fnac : une enveloppe kraft gaie comme un jour de pluie avec le logo du magasin pour toute fantaisie. Ceux qui s'occupent du marketing de l'enseigne sont des petits futés : en nous donnant un accès gratuit à ces fameuses pochettes, ils nous donnent envie d'acheter du papier cadeau.
Pour ne rien vous cacher, il n'y a pas si longtemps, alors que les jours qui me séparaient de Noël pouvaient se compter sur les doigts d'une main de menuisier, j'étais au bord du gouffre. Comme l’écrivait Aragon :
Il n'aurait fallu,
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne.
Mais une main nue
Alors est venue
Et a pris la mienne.
Et oui car je n'étais plus « seul face à mon destin » ! Ma copine m'a rassuré en quelques mots : "Je suis super forte pour faire des cadeaux ! Demain matin, on ira dans la boutique en face de chez moi. Ils y vendent du vin, tu trouveras sûrement un cadeau pour ton père. Pour ta sœur, on ira dans un magasin de fringues un peu plus loin dans la rue et pour ta mère...". Là je l'ai arrêtée. Pour ma mère, j'avais déjà une idée. Non mais oh ! Je ne suis pas complètement nul non plus.
Le lendemain, en trois quart d'heure, c'était bouclé. Et en rentrant on s'est partagé les tâches : moi je la débarrassais de son reste de tartiflette et elle, elle faisait mes paquets cadeaux.
Sur le trajet du retour, chargé comme un mulet, une pensée glaçante m'a traversé l'esprit. Il fallait que je trouve un cadeau pour ma copine...
Il y a vraiment des moments dans la vie d'un homme où il se retrouve seul, face à son destin.

mercredi 13 février 2013

Il était à Bruxelles une fois


C’est dur pour tout le monde ce vendredi matin à 7h15 sur le parvis de la fac, d’autant plus qu’il a neigé pendant la nuit. Ce qui rassemble 80 personnes avant l’aube en plein hiver n’a rien à voir avec les études : nous partons en week end dans le pays de Gérard Depardieu, la Belgique.

Bruxelles, c’est à 4h de bus de Paris. 4h de bus, c’est sensiblement moins long que 4h d’économétrie des données de panel, mais c’est long quand même. J’ai trouvé un truc pour nous occuper : Robin habite à perpette de la fac, dans une petite bourgade nommée Viarmes. Si vous ne connaissez pas c’est normal. Si vous connaissez, je suis désolé pour vous. Le bus file sur l’autoroute en rase campagne, le paysage est aussi blanc qu’une de mes copies de stats pendant ma première année de licence, et Robin annonce innocemment : « on ne doit pas être très loin de chez moi là… ». Il a réveillé la bête : dès que j’aperçois une bicoque je lui demande si c’est chez lui. Quand je vois une grange, je lui demande si c’était son lycée. Ce petit jeu nous occupe jusqu’à ce que le chauffeur nous annonce que nous allons faire la pause de mi-parcours. A la station-service, la caissière me demande « deux euros nonante-cinq ». Je contiens difficilement un « plaît-il ? » mais l’écran de sa caisse enregistreuse m’affiche le prix avec des chiffres. Nous sommes en Belgique.

La première après-midi est un peu compliquée. Sur le programme, il était indiqué que nous devions assister à une conférence à la Commission Européenne à 14h, mais nous avons décidé de représenter la France à l’international en arrivant à la bourre. La Commission nous attendra.

Je ne sais pas ce qui m’a pris de m’asseoir au premier rang. Le conférencier maîtrise son sujet. Ce qu’il raconte, c’est du lourd, du très très lourd. Mes paupières aussi, c’est du lourd, du très très lourd. Il est juste en face de moi, et dans un souci de savoir vivre, je ne peux pas m’endormir. Mais physiquement, je peux. J’ai pu. Trois fois. Quand je me suis réveillé la troisième fois, c’était pour l’entendre terminer une phrase « … je dis notamment ça à tous ceux qui cherchent un stage ». Et merde. Si je ne trouve pas de stage pour clôturer mon M2, je ne pourrais vraiment m’en prendre qu’à moi-même. Sa conférence dure depuis maintenant une heure et demie. Petit à petit, ses propos, ses slides et son ton laissent deviner une conclusion imminente, mais non : « C’est donc la fin de cette première partie ». Je pars m’offrir une double dose de nicotaféïne et à mon retour mes voisins jouent avec une petite pochette bleue. Dedans il y a un poncho estampillé « Commission Européenne ». Il m’en faut un absolument au cas où l’envie me prendrait d’aller à une soirée poncho, de tourner un remake des visiteurs ou si les douanes écossaises se décidaient à me laisser passer la frontière, mais la conférence a déjà repris. Du coup je surveille le tas de pochettes sur la table, de peur qu’on ne l’enlève. Je surveille aussi Fabien qui a fait la connaissance de la petite Séréna dans le bus. Ils se sont mis tout au bout de la salle et se font des chatouilles. Quand son regard croise le mien, j’imite Kheiran dans Bref. Ça me change : d’habitude, j’ai plutôt le rôle de Kyan Kojandi.

Il est tard, il est temps d’aller manger. Nous nous engageons dans de petites ruelles et là, tels Christophe Colomb avant nous en Amérique, nous découvrons une petite place super jolie. J’ai l’impression d’avoir découvert un lieu magnifique et secret, reservé aux badauds qui se perdent au gré de leur rêverie. J’avais déjà ressenti ça quand j’avais arpenté pour la première fois la rue Edouard VII à Paris. Plus tard, nous apprendrons que nous étions sur la Grand Place, le lieu le plus touristique de Bruxelles. Un peu plus loin dans notre cheminement, nous trouvons une bonne auberge. Moi quand je suis à l’étranger, j’aime manger local. J’ai donc commandé une pizza Manneken Pis.

Nous décidons de poursuivre la soirée au Delirium mais les videurs ne veulent pas nous laisser entrer avec notre bouteille de whisky, notre coca et nos gobelets, donc nous retournons sur la Grand Place pour la siffler. Il ne fait qu’une demi-douzaine de degrés en dessous de zéro. Concernant la suite de la soirée je dois reconnaître que mes souvenirs sont un peu flous, je me souviens avoir pris des shots d’absinthe, avoir chanté « toi qui voulais… » avec un amateur de chanson française francophone et avoir fini dans les choux de Bruxelles jusqu’à ce qu’une voix me harangue à un carrefour : « hé Jérôme tu rentres avec nous ? ». C’était des compagnons de voyage qui avaient une place de libre dans leur taxi (Marianne tu me diras combien je te dois).

"Ils étaient comme ça vos agresseurs ?"


Le lendemain matin, on entend les exploits de la soirée. Ça commence à 8 heures avec cette cruche de Séréna qui nous réveille pour nous raconter qu’elle a pris de la MDMA et qu’elle a trop la pêche pour se coucher. A 9 heures, c’est un dur qui raconte qu’il a couché 5 mecs qui l’attaquaient à lui tout seul1. A 10 heures, c’est Paulo qui raconte que 5 mecs ont voulu coucher avec lui comme ça se fait dans les caves de nos banlieues (plus tard, on leur demandera si ses 5 mecs étaient les mêmes que ceux du gros dur, mais non. On leur demandera aussi pourquoi ils n’ont pas passé la soirée ensemble, l'un aurait protégé l'autre). Comme tout ce petit monde ne veut pas laisser dormir ceux qui sont couchés (de leur plein gré, eux), à 11 heures, je me lève et je me prends les pieds dans une grande toile en nylon. Mais bordel qui est le con qui a ramené un poncho dans la chambre ?

Toute ressemblance entre cette définition 
et une personne citée plus haut est absolument fortuite


Le programme de la journée est plutôt light : un musée de la bière sans conférencier cette fois-ci (on a eu notre dose la veille), le Manneken Pis et un petit vin cuit sur la Grand Place. Ce n’était pas un grand cru, puisqu’il était cuit. Il était vachement bon quand même.

Le soir on décide de se chauffer tranquillement dans une chambre voisine avec un petit jeu calme (le mafieux) et seulement une bouteille de whisky et une de vodka. La chambre dont je parle avait l’affluence d’une gare et la fréquentation d’un squat. Un gros barbu est sorti d’un placard, il a salué Jesse et Chester, il a pissé dans le pot d’une plante verte et il est retourné d’où il venait. Métro2, bar, absinthe et trou de mémoire. En rentrant à l’auberge de jeunesse Fabien décide de fumer une clope dans la salle de bains. On le suit. Après avoir passé une vingtaine de minutes dans cette petite pièce nous découvrons, posé sur un radiateur, un sandwich comme on en voit dans la série How I met Your Mother.


"Hé mais je te reconnais toi3..."

Le lendemain, après avoir rapidement bouclé nos sacs (moi j’ai mis un peu plus de temps que les autres à cause de ce foutu poncho qui prenait vachement plus de place une fois sorti de sa pochette), j’ai insisté pour que nous allions manger des frites. Ca aurait été un crime de ne pas en manger au pays de la bédé, de la fricadelle et de Marc Dutrou Jacques Brel.

Dans le bus, sur le trajet du retour, une fille me fait remarquer que le chauffeur a une pelle derrière son siège. Avec les autres, on en avait vu sur des écussons qui ornaient la Grand Place, et on s’était demandé si ce n’était pas l’emblème de la Belgique, un peu comme notre coq ou notre fleur de lys. Du coup, j’aurais bien ramené une pelle en souvenir. Je ramène des souvenirs à la pelle, c’est déjà pas mal.



1C'est probablement ce que l'ethnologue René Gosciny appelle des "carabistouilles" dans son ouvrage Astérix chez les Belges.

2Si je vous dis que sur une même ligne vous avez les stations « Eddy Merckxx », « Place de la roue », et « Saint-Guidon » vous me croyez ou pas ? Et si je vous dis qu’il y a une station qui s’appelle « Jacques Brel » ?

3Jeu Concours ! La première personne qui reconnaîtra également cette personne et qui m'enverra un mail avec son nom gagnera un magnifique poncho, état neuf, jamais servi.



jeudi 31 janvier 2013

Un amour de...


Un soir, après le badminton, mon pote Alain me dit : "J'ai vu ton blog ! Le titre est drôle ! Avec une référence cinématographique en plus...".

Comment ça "une référence cinématographique" dans l'intitulé de mon blog ?

J'ai repensé au moment où il avait fallu que je lui choisisse un nom. J'avais hésité entre "Une Twingo nommée désir" ou "La dernière Twingo à Paris" en clin d'œil à des films qui ont deux points communs. Le premier, c'est que Marlon Brando y joue le rôle principal. Le deuxième, c'est que je ne les ai pas vus. La présence de la star d'Hollywood ne me gênait pas tellement. Le second point commun des films m'embarrassait un peu plus. Question d'honnêteté intellectuelle, vous comprenez : je ne suis pas de ceux qui essaient de se faire mousser en évoquant des films qu'ils n'ont pas vus. Du coup, j'avais opté pour "Un amour de Twingo" sans en être pleinement satisfait.

Mon visage a dû prendre une expression dubitative parce qu'Alain s'est senti obligé de s'expliquer : "Tu ne faisais pas référence au film "Un amour de Coccinelle" ?".

Zut… Il va falloir que je le télécharge en urgence.

mardi 29 janvier 2013

Mais qu'est-ce qu'elles ont toutes avec Michel Onfray ?

Michel Onfray a un effet complètement irrationnel auprès des femmes. Je veux bien admettre qu’elles le trouvent mignon quand elles tombent sur lui en zappant pendant la pub de Nouveau Look pour une Nouvelle Vie, mais de là à se prendre de passion pour le personnage, il y a un monde. Rien que dans mon entourage, il y en a trois qui sont folles de lui : Alice, Marie, et la mère de Marie. Ca fait trois deux de trop. Mais qu'est-ce qu'elles lui trouvent ?

Tout a commencé au cours d'une discussion avec Marie. Je ne sais plus comment on en est arrivés là, mais elle s'est mise à me raconter à quel point elle serait comblée si elle était en ménage avec Michel Onfray. Pour en savoir plus, et j'ai mené mon enquête auprès d'une fille qui a aussi un penchant prononcé pour le philosophe, Alice.
Jérôme : "Mais qu'est-ce que vous avez toutes avec Michel Onfray ?"
Alice : "Il est sexy".
Jérôme : "Oui, mais à part ça ?"
Alice : "Il est beau, intelligent, cultivé, réfléchi, riche, généreux, il passe dans les médias, il est reconnu..."
Jérôme : "Oui, mais à part ça ?"
Alice : "..."
Jérôme : "Ah, tu vois qu'il n'a pas grand chose pour lui !"

Alice a interrompu la discussion avant de me donner une explication plausible à l'attrait qu'exerce Michel Onfray sur la gent féminine. Je me vois obligé d'admettre qu'il est attirant. Soit. Amie lectrice, j'ai imaginé pour toi à quoi ressemblerait ta vie avec Michel.

Situation 1.
Il est 17h30, tu rentres chez toi et tu rêves d'un bon goûter depuis que tu es partie du boulot. Et pourquoi pas des cookies trempés dans du lait ? Certes ce n'est pas bon pour ta ligne, mais tu t'en es privée depuis trop longtemps. Ta décision est prise, la boîte ne survivra pas jusqu'à demain. Dès la première bouchée de biscuit imbibé de lait, tu lances un "oh mon dieu !" de satisfaction. Pas de chance, Michel était dans les parages. "Ba alors pupuce ? Je pensais que tu avais lu mon traité d'athéologie ! Il faut que tu cesses de faire des amalgames et d'associer des choses terrestres à une essence divine par un lien de causalité. Combien de fois t'ai-je dit que tu devais t'affranchir de la matrice judéo-chrétienne ?". S'ensuit un sermon d'une heure et demie rempli de chacals ontologiques, d'inertie religieuse, de changements de paradigmes épiscopaux et de plein d'autres trucs métaphysiques. Alors, heureuse ?

Situation 2.
C'est un peu avant les fêtes. Tu feuillettes Biba ou Marie-Claire dans le canapé du salon, comme à ton habitude et là, c'est le coup de foudre pour un sac à mains. Il est un peu cher, certes, mais si Michel finance une université indépendante, il peut bien te l'offrir. Tu lui montres la photo, en soulignant la marque du doigt et tu lui lances innocemment "J'adore". Michel n'est pas con, il a compris le message. Le 25 décembre quand il te donne ton cadeau avec l'assurance du type qui sait qu'il a fait mouche, tu es un peu surprise devant la taille du paquet : il est tout petit ! Tu commences à douter intérieurement "Mon sac à main ne tiendra jamais là dedans... Ca doit être un portefeuille". Tu défais l'emballage et là, ô surprise ! L'intégrale de Louis-Ferdinand Céline en Pléïade ! Et c'est là que Michel, au lieu de faire profil bas, en rajoute une couche avec un sourire apaisé au coin des lèvres : "Voilà tu m'avais dit que tu adorais Céline mais je ne savais pas lesquels tu avais déjà lu. Dans ce volume, en plus de "Voyage au bout de la Nuit" et de "Mort à Crédit" tu as des inédits et des suppléments épistolaires. Ca te plaît pupuce ?".

Pour celles qui trouvent encore le philosophe séduisant, je me vois forcé de citer des passages de la tribune que le NouvelObs lui a accordé début septembre. Je n'aime pas en arriver là mais vous m'y obligez. Extraits choisis qui se passent de commentaires.
"Je pense que les femmes [...] doivent [...] être maltraitées et soumises à leur mari".
"Je me suis toujours prononcé en faveur [...] du machisme, de la phallocratie et du patriarcat".
"Cela fait trés longtemps que je tiens des propos [...] intolérants [...] et que je pratique [...] la chasse au bébé phoque. Cela ne [...] m'a jamais [...] gêné [...] outre mesure".
C'est écrit noir sur blanc.

Pour terminer ce billet, je tiens à mettre en garde le conférencier Olivier Pourriol et le présentateur télé Raphaël Enthoven (ce sont des lecteurs réguliers). Ce que j'ai écrit concernant Michel Onfray vaut aussi pour eux, qu'ils se le tiennent pour dit.

lundi 12 novembre 2012

Carnet de voyage d'une tête de veau en Dordogne


"Parigot, tête de veau !"
Dicton provincial

La campagne, un monde à part

J'étais fraîchement descendu du train, mon cousin était au volant, les villages défilaient, et quelque chose m'a interpellé :

Jérôme : "Tiens c'est marrant, les noms des patelins se finissent tous pareil : Plissonac, Safrac, Meyerac... C'est vraiment un truc qu'on ne voit qu'à la campagne !"

Pierre : "Ah oui ? T'habites où toi au fait ? Roissy ?"

Jérôme : "Non Roissy c'est là où il y a l'aéroport. Moi j'habite à Poissy. C'est pas trés loin de Boissy, sur le RER A, la ligne qui part de Noisy en passant par Chatou-Croissy. Pourquoi tu me demandes ça ?"

Ma question est restée sans réponse : nous étions arrivés.

Après m'être rapidement installé, j'ai demandé à ma cousine : "On pourrait aller chez Uniqlo rapidement demain pour que j'achète des t-shirts ? Parce que je n'en ai que deux et quelques chemises". Elle m'a répondu "Pourquoi pas une boutique Hermès tant que t'y es ?". Du coup j'en ai acheté chez Monoprix : à la guerre, comme à la guerre.

Les gens qui viennent de Dordogne sont-ils cultivés ?

La réponse est non. J'en veux pour preuve que ma cousine ne pourrait même pas me citer une chanson de David Guetta. Je vous jure ! Cette prof de Français-Latin-Grec ferait bien d'allumer la télé de temps en temps, histoire de se meubler l'esprit.

On avait un peu de temps avant le dîner alors elle s'est assise à son piano. J'avais peur : je sentais qu'elle allait me jouer une version acoustique de "La bite à Dudulle" ou de "Manon la gueuse n'a pas de culotte". En fait ça allait. Ce n'était pas non plus du Nicolas Jaar, mais elle n'avait qu'un piano. "Ca c'était un morceau d'Edvard Grieg, maintenant je vais te jouer une gymnopédie d'Erik Satie", m'a-t-elle dit. Je ne savais pas qui étaient ces gens, probablement des troubadours locaux qui ont participé au folklore régional et dont les chansons se transmettent oralement, de générations en générations. Les gens de la campagne sont toujours trés attachés à leur terroir, c'est bien connu.

Y a-t-il le métro à la campagne ?

La réponse est oui, mais il vaut mieux ne pas le prendre. Pour commencer, le billet est super cher pour un trajet. Ensuite, entre le moment où vous arrivez à la station, et celui où votre métro arrive, vous avez le temps de faire du tourisme. Une fois que le contrôleur a composté votre billet, vous foncez vous asseoir pour ne pas être sur un strapontin ou pire, debout à vous tenir à une barre. Et c'est là que vous réalisez que le métro laisse à désirer : pas de fenêtres, pas de toit, juste des barrières et des petits sièges. Après, ça ne va pas en s'arrangeant : celui qui vous avait contrôlé quelques instants plus tôt s'improvise conducteur et il met la locomotive en route. Là vous commencez à flipper. A peine avez-vous parcouru quelques centaines de mètres que la rame s'arrête en pleine voie. Le contrôleur-conducteur commence à se confondre en excuses mais vous ne l'écoutez pas. Vous savez déjà de quoi il parle : "incident voyageur", "problème matériel"... Du coup vous regardez les tags, sur les murs du souterrain, et vous vous dites que pour avoir fait des mammouths partout, celui qui a fait ça devait être en sérieuse panne d'inspiration.

Le contrôleur-conducteur continue de raconter sa vie et là, il se passe quelque chose d'intéressant. Vous ne prêtez absolument pas attention au discours du cheminot parce que les revendications salariales, la libéralisation rampante, la remise en cause des acquis sociaux, vous connaissez la chanson et soudain, vous remarquez que vous êtes bien le seul et que les autres usagers se prennent de passion pour la cause de cet individu. Ils lui posent même des questions, voire mieux, ils l'interrompent : "Est-ce que... ?", "Jusqu'à quand... ?", "Mais pourquoi... ?", "Et comment... ?".

Vous en sortez fourbu, vous rentrez chez votre tante en vous disant qu'on ne vous y prendra plus et vous tombez sur votre oncle qui vous demande "Alors, ça t'a plu les peintures rupestres de la grotte de Rouffignac ?". Vous lui répondez que oui, parce que vous êtes bien élevé et vous gardez vos critiques sur les infrastructures locales pour vous.

Y'a t-il des hipsters à la campagne ?

Encore une fois, la réponse est oui. Moi j'ai toujours cru que les hipsters, c'était comme les cégétistes : il n'y en a que dans les familles des autres. Et j'ai vu mon cousin, coiffé d'une casquette de cycliste (?), les cheveux longs (??), et arborant une barbe de neuf mois (???).

Jérôme : "Mais mon cousin ! Mais... Mais vous êtes un hipster !"

Pierre : "Un quoi ?"

Jérôme : "Un hipster ! Ces hurluberlus qui portent la barbe et qui font du pignon fixe !"

Pierre : "Ah ça s'appelle des "pignons fixes" les vélos sans vitesses qu'on a à l'Ensam ?"

Il m'a expliqué que dans son école d'ingé, la tradition était pour les première année de ne pas se raser et de ne pas se couper les cheveux jusqu'à la rentrée suivante. Ne me demandez pas comment font ceux qui redoublent, je n'ai pas la réponse.

Que fait-on les soirs de week end à Périgueux ?

En région parisienne, en général, on descend des pintes dans des pubs. Ils ont chacuns leurs avantages bien définis : pour jouer aux fléchettes, on va au O'Briens (métro Invalides). Pour boire un ricard à deux euros, on va soit au Crystal dans le XVème, soit dans un Hide Out. Pour aborder des inconnus en leur faisant des tours de magie, on va au Mc Bride de Châtelet ou au Pop In à Oberkampf. Et pour les quizzs, on va au Motel (métro Ledru Rollin). Avant on allait au Bitter à Saint-Ger, mais on n'y va plus trop. A Périgueux, le Star In a eu l'idée saugrenue de permettre de pratiquer toutes ces activités.

Après un quizz dont la première place nous a échappé de peu (les mecs je vous avais bien dit que "honshu" ça s'écrivait sans accent...), alors que j'étais en train de lutter pour sauver ma peau au killer, je suis allé au bar chercher ma deuxième pinte et j'avais déjà deux pastis dans le sang. C'est donc tout naturellement que j'ai fait la connaissance d'un Sud-Africain. Une partie de fléchettes plus tard je savais qu'il venait de finir ses études et qu'il était en vacances chez son oncle. Le problème avec les gens qu'on rencontre comme ça, c'est qu'après les questions d'usage et deux trois blagues* et on arrive à court de discussion. On arrive à court de discussion, sauf si on a de la culture. "Have you seen on Youtube the video of the song "Call me maybe" by the Miami Dolphins Cheerleaders ?". J'avais relancé la soirée.


*La prochaine fois que vous rencontrerez un Sud-Africain dans un pub périgourdin, vous pourrez lui demander la chose suivante "Where does the sergent put his armies ?". La réponse est "in his sleevies". La traduction française de cette blague est "Avec quoi ramasse-t-on la papaye ? Avec une foufourche". Bien entendu, il vous répondra "very very bad joke". Vous pourrez alors lui demander : "how do you call a blind deer ?" et le regarder vous regarder avec des yeux tout ronds. C'est là que vous lui assénez gentiment l'estocade : "You don't know ? You have no eye deer ?". Si il est sympa, il vous demandera ce que vous voulez boire. Il se peut-même qu'il vous raconte une blague de son pays : "how does an Australian find a sheep in high grass ?". Toutes mes confuses mais la bienséance m'empêche de vous donner la réponse par écrit.

jeudi 1 novembre 2012

Crise de jalousie


Ca chie un peu entre elle et moi en ce moment. J'ai même envie de dire qu'elle me pète une durite : j'ai droit à la crise de jalousie. Je ne comprends pas parce qu'elle ne m'avait jamais joué cette carte là. Non vraiment ce n'est pas son genre, je m'étais même plutôt habitué à ce qu'elle me dise : "hé, regarde la fille qui traverse là bas !". Mais ça, c'était avant.

Comment en est-on arrivés là ? Forcément, je repense à nos débuts sur des chapeaux de roues. Ca c'était mal terminé avec ma précédente (une fin brutale) et elle était entrée dans ma vie peu de temps après. Le contact était vite passé, au même titre que la seconde vitesse, et les autres. Elle m'emmenait au cinéma, on écoutait de la musique ensemble : tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. C'était il y a deux ans. Et puis avec le temps, on a laissé la routine s'installer. C'est triste à dire mais je crois que je me suis habitué à elle.

Et récemment, la nouvelle est arrivée : belle, un teint doré, des courbes parfaites. Au début je ne voyais pas qu'elle rendait jalouse mon actuelle. Vous connaissez ma maladresse : dès qu'on me tend un piège, je tombe dans le panneau. La semaine dernière par exemple, on discutait, tous les deux :

Elle : "Elle est pas mal la nouvelle..."

Moi : "Hum... Qui ça ? Ah... Euh... Oui..."

Elle : "C'est quoi cette hésitation ? T'es pas d'accord avec moi ?"

Moi : "Si ! Si ! Carrément !"

Elle : "A ce point là ?"

Moi : "Non non j'aime bien son teint..."

Elle : "Ah oui ? Tu trouves que je fais pâle figure à côté c'est ça ?"

Moi : "Mais non ! Je dis juste qu'elle a une allure sympa c'est tout..."

Elle : "Ah oui elle a de l'allure en plus ? Allez vas-y ! Dis-le que tu la préfères à moi ! T'as qu'à sortir avec elle tant qu'on y est !"

Là bien sûr, j'ai fait preuve d'éloquence et d'originalité :

Moi : "Rho... Euh... Mais qu'est-ce que tu vas t'imaginer ?"

Du coup j'ai décidé de lui faire plaisir : jeudi dernier, je l'ai emmenée dans un institut spécialisé où elle devait passer la journée : "Tu vas voir on va bien s'occuper de toi ici, et tu vas en sortir belle comme un camion". Pas de chance, on y a croisé l'objet de notre dispute qui paradait de tout son éclat. Ma Twingo m'a jeté un regard noir et elle m'a dit, sur un ton de mise en garde : "Va l'essayer si tu l'oses".

Voilà, j'arrête de tourner autour du pot d'échappement : il y a de l'eau dans le gasoil parce que ma Twingo 2 est jalouse de la nouvelle Twingo 2.

mardi 30 octobre 2012

Régis le réglisse


Cette aprèm je suis allé chez Régis. C'est un mec de mon master, on n'est pas super potes. Il est sympa mais avec les autres gens de la promo, on est tous d'accord sur un point : on le trouve bizarre, sans pouvoir expliquer pourquoi.

Je l'avais aidé pour son mémoire d'économétrie et il m'a invité à prendre l'apéro pour me remercier. "En temps normal, je t'aurais envoyé des pivoines mais il n'y en a qu'à partir de fin mai. T'inquiète, ça n'a rien d'ambigu d'envoyer des pivoines, je l'ai lu dans "Say it with flowers : the effect of flowers on mating attractiveness and behavior", tu peux me faire confiance".

Il m'a proposé de la bière de printemps, une vodka bison ou un kir à la liqueur de violette mais comme je conduisais, je lui ai demandé un thé. "J'ai des grains de pollen à mettre dedans si tu veux". Je ne savais pas que ça se faisait. Il a continué : "J'ai aussi du chocolat à la lavande pour accompagner. Moi je ne suis pas fan de chocolat, je préfère la vanille, tu sais comment la vanille a été découverte ?". L'histoire, je la connaissais déjà, mais Régis par contre, je ne le connaissais pas trop, donc je l'ai laissé me la raconter.

On a commencé à faire connaissance. Je lui ai expliqué que j'avais grandi en Thaïlande. "Le pays des orchidées" selon lui. Il m'a fait un exposé sur les plantes parasitaires mais mon attention était attirée par un objet bizarre.

Sur son bar, il avait un seau en verre qui contenait des flûtes à champagne en forme de tulipe sauf que leur pied n'était constitué que de la tige, il n'y avait pas le support circulaire qui permet de poser une coupe normale. Bon plan pour saouler une fille : elle est obligée de finir son verre si elle veut le poser quelque-part.

Il a mis de la musique. J'ai reconnu les chansons "Mon amie la rose" de Françoise Hardy et  "Les Fleurs" de Minnie Ripperton et c'est là que j'ai compris : en fait Régis, c'est juste un mec qui aime les fleurs. Comme le barbare dans "Astérix chez les Goths" (pour les plus cultivés d'entre vous). Quand il rêve il a la tête perdue dans les "pensées" qu'il fait pousser sur son balcon. Quand il fait la queue à la poste, il pense à ses "impatiens". J'ai commencé à me confier "moi aussi j'aime bien les fleurs, notamment les lys et les arums. Mais je préfère le cinéma". Il m'a expliqué qu'il avait vu "Pluie de roses sur Manhattan" et que c'était une daube. Son fim préféré, c'était "Le Chateau de ma mère" parce que la roseraie du châtelain le faisait rêver. Ce qu'il avait pensé du "Dahlia Noir" ? Scarlett Johansson était le seul intérêt du film.

Naturellement, la discussion a évolué vers le sujet "drague et minettes". Il avait l'air de s'y connaître : "Tout ce que je sais en matière de séduction, je l'ai appris dans le film "Magnolia", et honnêtement c'est plutôt efficace : je suis avec Rose-Marguerite depuis un an". Il m'a montré une photo de sa nana. C'était une belle plante.