dimanche 27 juillet 2014

J'aime pas trop les enfants



On est bien d'accord

Dans la catégorie des maux qui comptent triple, je mets les enfants en première position. Que les choses soient claires dès maintenant : je ne dis pas ça parce que c'est salissant. Quand il s'agit de mettre les mains dans le cambouis pour faire la vidange de la Twingo, je réponds présent. Non, les gamins, c'est au delà.

Je sais déjà ce que vous allez me demander : « T’écrivais pas dans un article précédent que t’étais l’entraîneur de toute une grappe de marmots ? ». Si, justement, « j’étais ». D’ailleurs ceci explique sûrement cela : j’ai dû être en surexposition à un âge où on est particulièrement sensible.

Ces derniers temps j’ai reçu pas mal de faire-parts de naissance. Et je dois concéder que les photos des petits bouts de chou m’arrachaient souvent un sourire attendri. En photo les enfants ne me dérangent pas. Je dirais même que c’est comme ça que je les préfère. Quel était le linguiste qui écrivait que le mot « merde » ne pue pas ?


Privé de desserts jusqu'à ta majorité.

Je me souviens du film « Brain Dead ». C’est un film de zombies. Ca j'aime bien. Il y a une scène qui se passe dans une cuisine : un bébé zombie est propulsé dans les airs et il atterrit pile dans un mixeur éteint. Et l’héroïne de poser sa main sur le bouton de marche de l’appareil… avant de se raviser. Quel triste manque de panache !



Oooh il est trop mignon ! Je peux le prendre dans mes bras ?

Au quotidien, les territoires sont balisés : je leur laisse les environs des écoles, les squares et le Mac Do le mercredi midi. Le reste est à moi, excepté les transports. C’est un no man’s land entre l’enfance et l’âge adulte, une sorte d’adolescence. On y cohabite tant bien que mal. Pas de Rosa Parks entre nous.

Franchement, les mioches ont peut-être un statut de citoyens de seconde zone mais si ça ne leur va pas, ils n'ont qu'à présenter un candidat aux élections et à voter pour lui.

 

Mon wagon est rempli de gamins ? 
Je vais plutôt aller m'asseoir entre deux voitures, sur un strapontin. 

Une petite anecdote heureuse pour conclure cet article : j’étais au supermarché, j’avais bien repéré la horde de lardons qui chahutaient aux abords de la jupe de leur mère débordée quand j’en ai vu un, qui s’était éloigné du troupeau, guidé par son insouciance. J’avais un pack de bières à la main, à peu près à sa hauteur. C'est lourd, un pack de bières. Lui il venait dans ma direction, gambadant au guidon d’un caddie modèle un demi dont il ne contrôlait que trés partiellement la trajectoire. Vu de loin, ça pouvait facilement passer pour un accident. C’était tellement tentant… 

Même toi t’aurais cédé.

vendredi 18 juillet 2014

Comment pécho une dame du monde comme un authentique gentleman ?

Avant propos

1. Cet article étant plutôt destiné à un public masculin, il sera substantiellement illustré.
2. La compréhension complète de cet article requiert un niveau d’anglais de début de cinquième. Nous vous prions de nous en excuser.

Document 1. Un gentleman sur le point de pécho une dame du monde.

Pour commencer, qu'est-ce qu'un gentleman ? Ici un exemple sera plus parlant qu'une définition abstraite. Imaginons que vous soyez invité à un dîner chez la baronne de ***. Par maladresse, vous arrivez un peu en avance et la maîtresse de maison n'a pas fini de s'appréter. Vous demandez à ce que l'on vous indique la salle de bains, vous en ouvrez la porte, et là, vous tombez nez à nez sur la baronne dans son plus simple appareil. Si vous déclamez un peu honteux "Pardon madame", vous êtes quelqu'un de bien élevé. Si vous dites "Pardon monsieur", vous êtes un gentleman. Maintenant, qu'est-ce qu'une dame du monde ? On peut la définir comme étant l'opposé d'un diplomate. Un diplomate est un individu qui dit "oui", quand il veut dire "peut-être", qui dit "peut-être", quand il veut dire "non", et s'il dit "non", c'est que ça n'est pas un diplomate. Une dame du monde a exactement le comportement inverse : quand elle dit "non", ça veut dire "peut-être", quand elle dit "peut-être", ça veut dire "oui", et si elle dit "oui", c'est que ce n'est pas une dame du monde.

Maintenant que nous avons clarifié ces points essentiels de vocabulaire, nous pouvons approfondir notre propos en procédant à un panorama des mauvaises habitudes dont vous devrez vous départir.

Première mauvaise habitude : user de subterfuges pour masquer votre intention véritable. 

Vous vous imaginez sans doute pouvoir sauter les premières étapes de la séduction à l’aide d’arguments fallacieux, de raisonnements alambiqués ou de prétextes savamment orchestrés ? Cette attitude illustrée par le document 2. ne fera que dévoiler votre empressement. Est-ce là vraiment ce que vous voulez ? 

Document 2. Un subterfuge fort peu subtil pour raccompagner une dame du monde jusqu’en bas de chez elle, voire encore plus loin.

Deuxième mauvaise habitude : trop embellir les faits. 

N’ayons pas peur d’affronter la réalité : vous n’êtes ni Maverick, l’aviateur intrépide, ni Ethan Hunt, l’agent secret équilibriste et transformiste, ni Jerry Maguire, l’agent des stars hollywoodiennes. Vous présenter comme celui que vous n’êtes pas ne vous fera récolter que regards moqueurs et quolibets (document 3). Est-ce là vraiment ce que vous voulez ?

Document 3. Des histoires à dormir debout qui ne laissent personne dupe.

Je sens poindre en vous comme un début de désarroi : quelle attitude adopter alors ?
Pourquoi ne l’inviteriez-vous pas  à danser ? Voilà une attitude cavalière, n'est-ce pas monsieur Victor ?

Document 4. Monsieur Victor trouve que c’est une attitude cavalière.

Bien souvent, une fois sur la piste de danse, vous perdez vos mots. Vous devenez incapable de trouver un autre thème de conversation que celui de l’assouvissement des besoins physiologiques les plus primaires (document 5), sujet des plus rebutants. Ce cruel manque de savoir-vivre a la triste conséquence suivante : il annihile en un claquement de doigts l'aura de prince charmant que vous aviez réussi à vous donner. Est-ce là vraiment ce que vous voulez ?

Document 5. Monsieur Robert en manque d’inspiration.

Document 6. Madame Nicole refuse d’aller plus loin.

Le document 6 laisse transparaître les conséquences directes d’un aussi cruel manque de conversation : une demoiselle fort accorte éconduit un homme que nous pourrions humblement qualifier de pseudo beau gosse sur le retour.

Mais comment entretenir le dialogue sur la piste de danse entre les différents temps d’une valse ? C’est un épineux problème que celui auquel nous voilà confrontés ! Heureusement, plusieurs solutions s’offrent à nous.

La première d’entre elles est de la faire rire. Mais pas n’importe comment, restez toujours un homme de tact, de goût et de raffinement. N’allez pas lui raconter d’un air rubicond la dernière grivoiserie de vestiaire entendue après votre séance d’exercices physiques hebdomadaire (document 7). Peu importe que vous l’ayez trouvée cocasse, cela serait une impardonnable faute de savoir-vivre qui se traduirait par un refroidissement soudain et irrémédiable du ton de la conversation avec l’être convoité (document 8). Est-ce là vraiment ce que vous voulez ? 

Document 7. L’histoire de la naine sexy.


Document 8. Votre interlocutrice après que vous lui ayez proposé une deuxième histoire drôle.

Je sens à nouveau poindre en vous inquiétude et désarroi. Comment faire rire une femme tout en restant subtil et raffiné, alors ? Reprenez vos esprits : la manière existe et elle nous vient d’outre-Manche. C’est l’humour anglais. A mi-chemin entre l’ironie et l’autodérision, il consiste à déclamer d’un ton parfaitement naturel une assertion en totale contradiction avec la situation environnante. Etudions un exemple (document 9). Monsieur Colin et Madame Keira sirotent une boisson infusée à base de plantes, en admirant un coucher de soleil depuis la terrasse d’une maison à la campagne. C’est alors que Monsieur Colin émet une remarque légèrement décalée, soigneusement synchronisée, toute en maîtrise. La bienséance m’interdit de vous donner plus de détails sur la tournure que prendra la suite de leur relation.

Document 9. Brillante démonstration d’humour anglais.

Pour entretenir une conversation avec une dame du monde, vous pouvez également lui parler d’elle.  Mais encore une fois, ne vous élancez pas à brûle-pourpoint dans je ne sais quelles considérations irréfléchies. Vous risqueriez de froisser sa susceptibilité, voire pire, vous risqueriez de lui rappeler les affres de la réalité (document 10). Est-ce là vraiment ce que vous voulez ?


Document 10. Une façon de parler à une femme qui pourrait être améliorée.

Il y a différentes façons de parler à une femme d’elle-même et toutes ne sont pas bonnes. Mais alors, comment séparer le bon grain de l’ivraie ? Question délicate qui mérite d’être traitée par un expert patenté : Monsieur Marcel.


Document 11. Monsieur Marcel, expert, qui se remet doucement d’une soirée chargée.

Monsieur Marcel : « Tu veux que je t’explique comment faire des compliments à une femme ? Bon le plus simple c’est que je te raconte ma soirée d’hier au Macumba. J’avais ferré un joli petit lot. Tiens regarde la diapo 12, c’est elle, de dos. J’ai décidé de ne pas prendre de risque, de poser les bases calmement, bref de m’échauffer. »


Document 12. Monsieur Marcel s’échauffe.

Monsieur Marcel : « Tiens tu vois sur la diapo 13, je commençais à être bien chaud donc j’ai décidé de mettre du rythme et de me lancer, de me laisser porter par mon inspiration et l’instant présent… ». 


Document 13. Monsieur Marcel se lance.

Monsieur Marcel : « Une fois lancé, je suis impossible à arrêter. Un véritable boulet de canon. Percutant et doux, incisif et sirupeux, tout en souplesse, sans suivre un plan de jeu. En restant moi-même, quoi. »


Document 14. Monsieur Marcel est un boulet de canon.

Monsieur Marcel : « Et là je donne tout. Le sprint final. Les derniers mètres en apnée et je ne suis même pas essoufflé. Belote, rebelote et dix de der. »


Document 15. Monsieur Marcel passe la ligne d’arrivée.

Monsieur Marcel : « Tu vois c’est facile ! Y'a pas de quoi en faire un cinéma »


Document 16. Monsieur Marcel nous dit que c’est facile.

Encore une fois, la bienséance nous interdit de donner plus de détails sur l’instant de convivialité qu’ont partagé Monsieur Marcel et son amie nouvellement rencontrée, dans le camping-car de ce dernier. 

Le prochain cours sera donné par Monsieur Victor et aura pour thème « Comment affûter son flair pour devenir un vrai chasseur ? ».


Document 17. Monsieur Victor, un homme qui a du nez.

Avant de nous quitter, peut-être que l'une d'entre vous, mesdames, aimerait donner son avis sur cette leçon de charme et d'étiquette ?

Document 18. Le retour d'une dame du monde sur cet article

dimanche 4 mai 2014

Poulpe Fiction (scénario pour un petit film entre amis)

J'ai appris qu'il y avait des scénarios en libre service sur internet. En voici un de mon cru.
Tu peux le tourner ou le faire tourner.

Mode d'emploi :
Le scénario est divisé en scènes (numérotées de 1 à 17).
Le lieu où se déroule chaque scène est précisé sous son intitulé ainsi que les rôles qui y apparaissent.
Les dialogues ainsi que les textes qui doivent apparaître à l’écran sont en gras.
Nombre minimum d’acteurs : 5 (et des déguisements)

Contexte : (à expliciter dans le générique)
De mauvaises conditions climatiques ont détruit les récoltes de betterave à sucre de la petite ville de Trifouilly les Oies. Toute la ville est en hypoglycémie. Le sucre s’échange maintenant en sous-main, ce qui fait les choux gras des différentes organisations mafieuses, parmi lesquelles celle du redoutable Tino Montana.
La police lutte tant bien que mal contre ce trafic aussi illégal qu'immoral...

Scène 1.
Entrée et intérieur d’un immeuble.
Le Mafioso 1.
Le Mafioso 2.

Deux hommes de main de Tino Montana discutent en entrant dans un immeuble (Toute ressemblance avec le début de Pulp Fiction n’est absolument pas fortuite).
Mafioso 1 : Hier j’ai emmené Stacy au restaurant.
Mafioso 2 : Ah bon ? Et qu’est-ce que t’as commandé ?
Mafioso 1 : Un Big Mac avec des frites et un grand coca.
Mafioso 2 : T’as emmené ta nana au Mac Do ?
Mafioso 1 : C’est pas encore ma nana c’était juste un rencard.
Mafioso 2 : Non mais je te parle pas de ça. On n’emmène pas une fille au Mac Do !
Mafioso 1 : Pourtant John Smith a bien emmené Mia Wallace au Big Kahuna Burger.
Mafioso 2 : Ca c’est une autre histoire. Et t’as vu comment il a fini ? Tiens regarde. Il désigne une porte. C’est ici.
Ils s’arrêtent devant une porte, sonnent et entrent.

Scène 2.
Appartement des petites frappes.
Le Mafioso 1.
Le Mafioso 2.
La Petite Frappe 1.
La Petite Frappe 2.

Contexte : les deux mafioso viennent récupérer l’argent que les petites frappes doivent à Tino Montana.
La Petite Frappe 1 est allongée sur un canapé. La Petite Frappe 2 est attablée.

Texte blanc sur fond noir : En raison d’une grève inopinée des traducteurs, le passage suivant sera en VO sous-titrée avec l’aimable participation de google traduction. Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée.

Mafioso 1 : s’adresse au Mafioso 2 Fuck ! Have you seen all these burger packs ? En s’adressant à la petite frappe 2 How many girls are you dating ?
Sous-titres : Baise ! T’as vu tous ces emballages de burger ? Combien de filles est-ce que tu dates ?
Mafioso 2 : en regardant le Mafioso 1 par-dessus l’épaule. Shut up John. En s’adressant à la petite frappe 1 Do you know why we’re here you bloody son of a bitch ?
Sous-titres : Ferme haut, John. Est-ce que tu sais pourquoi on est là toi sanglant fils d'une chienne ?
Petite Frappe 1 : suppliant Tell Tino that I’ll get his money !
Sous-Titres : Raconte Tino que je deviendrai son argent
Le Mafioso 2 tue la petite frappe 2 d'un coup de revolver.
Mafioso 2 : He’s been waiting for too long. Do you know who Boris Vian is ? A French writer. He wrote il déclame avec l’accent le plus américain possible “là où les fleuves se jettent dans la mer, il se forme une barre, difficile à franchir. Et de grands remous écumeux où dansent les épaves“.
Sous-titres : Il a été attendant pour trop long. Est-ce que tu sais qui est Boris Vian ? Un français écrivain. Il écrivit « là où les fleuves se jettent dans la mer, il se forme une barre, difficile à franchir, et de grands remous écumeux où dansent les épaves ».
Le mafioso 2 tire sur la Petite Frappe 1 et la tue.

Scène 3.
A l’extérieur de l’immeuble.
Le Mafioso 1.
Le Mafioso 2.
Le Policier 1.
Le Policier 2.

Le Mafioso 1 et le Mafioso 2 sortent de l’immeuble. Le Policier 1 et le Policier 2 sont en planque devant la sortie de l'immeuble.
Mafioso 2 : Mais non on n’emmène pas sa nana au Kébab non plus !
Mafioso 1 : Ok, ok... Mais... Et au KFC ? Hein ?
Mafioso 2 : Mais non !
Ils sortent du champ, on les entend poursuivre leur discussion.
Policier 1 : à son talkie walkie/téléphone/oreillette Agent Brown au rapport. Les hommes de Tino Montana sortent de l’immeuble. Over Il entend une réponse, puis ferme son talkie walkie/téléphone/oreillette. Au policier 2 Il y a du mouvement chez Tino Montana. On va aller faire une petite planque là-bas

Scène 4.
Extérieur, aux alentours de la maison de Tino Montana.
Le Policier 1.
Le Policier 2.

Contexte : Deux agents de police sont en planque en bas de l'immeuble des Petites Frappes.
Le Policier 2 surveille le bureau de Tino Montana avec ses jumelles. Le Policier 1 est au téléphone avec son supérieur.
Policier 1 : au policier 2 Le commissaire demande ce qu’on voit.
Policier 2 : impassible Tino Montana est assis à son bureau. Anna Montana vient lui apporter un café.
Policier 1 : au téléphone, presque ennuyé Sa femme vient de lui apporter un café. Il écoute une réponse et acquiesce. Au Policier 2 Il veut qu'on continue de le tenir au courant des moindres faits et gestes de Montana.
Policier 2 : toujours impassible Le chemisier d’Anna Montana a l’air de la gratter. Il l’aide à le retirer.
Policier 1 : au téléphone, trés professionnel Il aide sa femme à retirer son chemisier. Il écoute une réponse et acquiesce. Au Policier 2 Il veut plus de détails.
Policier 2 : en s'exclamant Tino Montana monte Anna Montana !
Une voiture passe devant eux. Le Policier 1 la regarde passer.
Policier 1 : Devinez qui on vient de voir arriver...

Scène 5.
Maison de Tino Montana. (il y a des montagnes de sucre un peu partout).
Tino Montana (un cigare à la bouche).
Le Mafioso 1.
Le Mafioso 2.

Contexte : Le Mafioso 1 et le Mafioso 2 reviennent de leur mission et s'apprêtent à faire un rapport à leur employeur : le terrible Tino Montana.

Tino Montana : Mais qu’est-ce que vous avez foutu les mecs ? Je vous attends depuis trois plombes !
Mafioso 2 : On s’est arrêtés en chemin pour se faire une petite bouffe… Le boulot ça creuse. (note du scénariste : c’est pas le boulot qui vous a donnés faim. C’est parce que vous ne pouvez pas vous empêcher de parler de bouffe, bande de gros morphales de mes deux).
Mafioso 1 : Mais pourquoi les avoir butés au juste ? C’était juste des dalleux en manque de sucre.
Tino Montana : Les dalleux, c’est comme les cafards. Dès que t’en as un, t’en as cent.
Mafioso 2 : Il sort un document de la poche de son costume et le tend à Tino Montana.On a trouvé ça là-bas.
Tino Montana : il lit le document Hum… intéressant… je sens que l’on ne va plus avoir de problème avec les autres bandes rivales pendant un bon bout de temps…
Il chasse ses hommes de main d’un geste dédaigneux de la main. Les mafioso 1 et 2 sortent de la pièce.

Scène 6.
Bureau de Tino Montana.
Tino Montana.

Texte blanc sur fond noir : En raison de la désorganisation suscitée par un mouvement social inopiné des traducteurs, les techniciens ont interverti les bandes entre différentes versions du film. Nous vous prions de nous en excuser.
Tino Montana : compose un numéro et parle au combiné en japonais Tabudusaké… Aïkido ! Kawaï Namasté Namakimas… Aligato. Saïonara.

Scène 7.
Intérieur du bureau du commissaire de police.
Le commissaire de police.
L'Adjoint du commissaire.

Le commissaire de police est au téléphone avec un interlocuteur inconnu. Il acquiesce en prenant des notes puis raccroche.
Le commissaire de police : à l'Adjoint Demain matin, sur les bords de la Seine. On va enfin mettre un terme à ce trafic odieux. Finis les caries et les kilos en trop !

Scène 8.
Bords de la Seine.
Le Leader de bande rivale 1.
Le Leader de bande Rivale 2.
Le Commissaire de police.
Le Policier 1.
Le Policier 2.

Les Leaders de bandes rivales arrivent chacun de leur côté et se retrouvent pour procéder à leur échange crapuleux : sucre illégal contre argent sale. Le Leader de la bande rivale 1 tient une mallette pleine de billets. Le Leader de la bande rivale 2 tient un sac qui a l’air plein de sacs de sucre illégal.

Leader de bande rivale 1 : au leader de la bande rivale 2 J’ai l’argent. T'as la came ?
Leader de bande rivale 2 : au leader de la bande rivale 1 Ouais, j'ai la came. Envoie le pognon.
Le commissaire de police et les policiers 1 et 2 surgissent dans le champ en braquant leurs armes sur les dealers de sucre.
Commissaire de police : Mains en l’air saloperies de dealers de sucre de mes deux !
Le Leader de la bande rivale 1 et le Leader de la bande rivale 2 lèvent leurs mains, impuissants. Le Policier 1 et le Policier 2 s'approchent d'eux pour leur passer les menottes.

Scène 9.
Commissariat de police, bureau du commissaire.
Le Commissaire de police.
Le Leader de la bande rivale 1.

Commissaire de police : au Leader de la bande rivale 1 On t’a pris en flag de trafic de sucre. C’est grave. Très grave. Tu vas prendre, oh tu vas prendre, pour au moins trente ans. Songeur, il regarde en l’air Sauf si t’as quelque chose qui pourrait m’intéresser… Il regarde le leader de la bande rivale droit dans les yeux. Quelque chose qui puisse m’aider à coincer Tino Montana.
Leader de bande rivale 1 : Je sais qu’il a fait décapiter un eunuque la semaine dernière !
Commissaire de police : énervé Tu me racontes des histoires sans queue ni tête !
Leader de bande rivale 1 : Je vous jure que c’est la vérité !
Le commissaire : D’accord. Cette fois-ci Tino Montana, tu ne m’échapperas pas. Il sort de la pièce et on l'entend crier Tout le monde en tenue d’intervention !

Scène 10.
Commissariat de Police, bureau de l’adjoint.
L’Adjoint.
Le Leader de la bande rivale 2.

Le Leader de la bande rivale 2 : Je veux appeler mon avocat. L’Adjoint acquiesce à contrecœur, lui donne un téléphone et sort de la pièce. Allô M. Black ? Comment ça vous voulez que je vous appelle "maître" ? Mais allez vous faire, "maître" ! Bon vous me laissez parler ? Je suis au commissariat. On a été trahis. Il n’y a qu’une seule personne qui ait pu faire le coup. Je veux que vous demandiez à qui vous savez de faire le nécessaire le nécessaire.

Dénouement

Scène 11.
Hall de la maison de Tino Montana.
Le Mafioso 1.
Le Commissaire de police.
Le Policier 1.
Le Policier 2.

Le Commissaire de police escorté par le Policier 1 et le Policier 2 entre dans la maison par l’entrée principale et tombe sur le Mafioso 1 qui essaie de les arrêter. Fusillade. Le Mafioso 1 s’effondre.

Scène 12.
Deuxième entrée de la maison de Tino Montana.
Le Mafioso 2.
Le Tueur lambda 1.
Le Tueur lambda 2.
Le Tueur lambda 3.

Les trois tueurs lambda entrent par l’entrée secondaire et tombent sur le mafioso 2. Fusillade. Le Mafioso 2 s’effondre.

Scène 13.
Bureau de Tino Montana.
Tino Montana.

Tino Montana, trés agité, fourre des sacs de sucre et des liasses de billets dans un sac de voyage.
Tino Montana : à lui même Mon petit Tino, ça sent le roussi !

Scène 14.
Hall de la maison de Tino Montana.
Le Commissaire de police.
Le Policier 1.
Le Policier 2.

Le commissaire de police : crie dans la maison Montana ! Rends toi ! Nous sommes fermement déterminés à t’arrêter pour t’empêcher de nuire !

Scène 15.
Bureau de Tino Montana.
Tino Montana.

Tino Montana : Diantre ! Des policiers fermement déterminés à m’arrêter pour m’empêcher de nuire ! il s'enfuit avec son sac de voyage par la deuxième entrée de sa maison.

Scène 16.
Deuxième entrée de la maison de Tino Montana.
Tino Montana.
Le Tueur lambda 1.
Le Tueur lambda 2.
Le Tueur lambda 3.

Tueur lambda 1 : Nous sommes une coalition d’hommes de main issus de bandes rivales venus venger ceux que tu as dénoncés !
Tino Montana : Fichtre ! Une coalition d’hommes de main issus de bandes rivales venus venger ceux que j’ai dénoncés !

Scène 17.
Deuxième entrée de la maison de Tino Montana.
Tino Montana.
Une horde de figurants.

Le plateau est envahi par une manifestation de traducteurs qui scandent « Traducteurs pas contents ! ». L’un d’eux met sa main sur l’objectif de la caméra. (Comme à la fin de Holy Grail).
Fin.

mardi 22 avril 2014

vendredi 14 février 2014

Dictionnaire Féminin-Français à destination d'individus mâles

Ankyloser : Action de prendre du poids. Ex : "Je suis toute ankylosée". Phrase à laquelle vous vous devez de répondre que non, elle n'a pas grossi, quel que soit votre avis.

Boileau-Velkacem (Najat) : Personne trés télégénique et accessoirement ministre de tutelle de madame.

Cadeau : Objet destiné à être offert et compliqué à trouver. Aussi surprenant que cela puisse paraître, elle sera ravie avec un encensoir à bougies, un embougeoir à encens ou un truc de cet acabit. Certaines dames ayant une bonne âme donnent des indices subtils concernant leurs attentes.

Si vous n'êtes pas capable de comprendre les sous-entendus, madame saura employer des tournures de phrases plus concrètes.

Calorie : Unité d'évaluation des apports alimentaires. Cette mesure ingrate est effectuée par le Comité des Glucides qui dispose d'un droit de veto. Bien entendu, ce comité termine son service le vendredi à 18h et il est injoignable pendant les vacances.

Chaussures : Accessoire vestimentaire dont l'unité de mesure standard est la dizaine de paires. La taxinomie la plus commune est "bottes, bottines, bottines basses, chaussures montantes, richelieu, derbys, escarpins, ballerines, sandales, tongs, claquettes, baskets". Bien entendu, il existe d'autres classifications moins simplistes.

Chemise : Robe en puissance. Les tutoriels expliquant comment transformer une chemise d'homme en robe pour femme ne sont toujours pas interdits sur Youtube : ne laissez pas traîner vos fringues.

Clou : Une femme à qui vous demanderez un clou vous tendra parfois une vis. Et vice versa.

Coiffeur : Artisan capillaire ayant choisi Féminin en LV2. Une phrase comportant le terme "coiffeur" doit-être suivie quelques heures/jours plus tard d'un compliment. Mais quand ? Là est justement toute la question. Trop tôt, ce serait de la flagornerie, trop tard... ce serait trop tard. Astuce : restez dans le vague. "Tu as un visage rayonnant", par exemple, en est un qui n'a plus à faire ses preuves. Elle se chargera elle même de poursuivre par "C'est parce que je sors de chez le coiffeur", (dans le mille, vous pouvez souffler) ou par "C'est ma nouvelle crème pour le visage" (réitérez le compliment quelques jours plus tard).

Croissant : Pain au chocolat pour période de régime.
Voire aussi Nutella

Cruche : Se dit d'une fille qui a épousé un maître nageur. "Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se case".

Dilater : Se dit communément d'une matière ou d'un tissu qui augmente de volume. Ex : les pupilles dilatées. De pupilles à papilles il n'y a qu'un pas et une femme, pour vous dire à la fin d'un repas qu'elle a les papilles sensibles, vous dira que sa bouche est dilatée. Faites trés attention.

Gordon-Levitt (Joseph) : Individu qui serait selon elle un danger pour vous. Admettons.
Voire aussi Orgasme, Nutella

Gosling (Ryan) : Individu qui arrive juste après Joseph Gordon-Levitt dans l'ordre alphabétique mais dont la position peut être différente dans d'autres ordres (celui des préférences, par exemple).

Horoscope : Éphéméride consulté régulièrement par madame tout en précisant d'un ton léger qu'elle ne croit pas trop à ces trucs là.

Johanson (Scarlett) : Femme qui n'arrive pas à la cheville de votre copine. Entraînez vous devant la glace à déclamer "Elle est moins sexy que toi". Il se peut que ça ne vous paraisse pas naturel au début.
Voire aussi Cruz (Pénélope)

Nutella : Aliment convoité en période de régime. 
Voire aussi Orgasme

Onfray (Michel) : Excitant pour pintades, à servir à petites doses.
Voire aussi Beau brun ténébreux

Pain au chocolat : Viennoiserie dont l'unité de valeur est la barre de chocolat. Une barre, c'est pas de chance. Deux barres, c'est conforme aux espérances. Trois barres, c'est Byzance.

Père : Rival qui joue mieux de la guitare que vous mais que vous n'avez pas le droit de descendre.

Plaid : Ustensile servant à transformer un canapé en petit four.

Presse féminine : Classe de magazines qui ne sont lus "que pendant les vacances".

Régime : Etat d'une femme en dehors des 24 et 31 décembre.

Robe : Accessoire vestimentaire qui est forcément superbe s'il est nouvellement dans une penderie féminine. Entendons nous bien : s'il vient d'entrer dans la penderie de votre copine, il est superbe. Point.

Saint-Valentin : Fête dénigrée en public pour son côté commercial. Pour autant, n'oubliez pas de lui faire un cadeau en privé.
Voire aussi Cadeau 

Sport : Activité consistant à choisir des chaussures, une tenue, une coiffure, une playlist pour aller courir dix minutes dans une salle et mater trois quart d'heures les mecs qui font des abdos.

Twingo : Voiture de charme conduite par un homme de goût.

Vaisselle : Pratique particulièrement excitante pour une femme quand elle est réalisée par un homme. Ou du moins, c'est ce qu'elle lui laisse croire avant qu'il ne l'ait faite.
Voire aussi Préliminaires

Vernis : Mystère féminin ultime et insondable malgré son cantonnement à une petite surface. 

jeudi 6 février 2014

Psychosociologie des aiguilles de montres

"L'analyse pointue d'un sujet épineux" Sigmund Freud.

Cher lecteur, tu t’imagines peut-être que dans le boîtier de ton garde-temps, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Pauvre fou, tu te fourvoies, vois-tu, et je vais t’expliquer pourquoi.
Portrait des différents intervenants et diagnostic de leur santé mentale.

La trotteuse

A l'image du cheval dans la fable de George Orwell, "la ferme des animaux", cette aiguille est le socle de l'appareil productif. C'est aussi la plus toquée de toute la tocante : elle est pétrie de névroses, constamment anxieuse, agitée.

En mouvement, à l’arrêt. En mouvement, à l’arrêt. Sa principale tare est due à son incapacité à choisir une direction et à s’y tenir. Cette bipolarité couplée à la vitesse à laquelle elle se déplace lui vaut le surnom de « bip bip » auprès de ses congénères. D’aucuns pourraient rétorquer que les trotteuses des montres automatiques sont plus constantes dans leur comportement. Et bien non : ce sont juste des aiguilles qui tournent au lithium.

Prolétaire des temps modernes et du temps qui passe, abrutie par la répétitivité de son quotidien, la trotteuse se cantonne à exécuter ses tâches sans avoir la moindre idée de leur utilité. Elle n'a même plus conscience de travailler. Elle est ailleurs, dans son monde, perchée.

Photo en coupe d'un boîtier de montre où l'on aperçoit une trotteuse aux prises avec son quotidien. Ce spécimen est particulièrement atteint dans son intégrité psychologique.

L’aiguille des minutes

Elle est la seule à savoir que soixante secondes font une minute et que soixante minutes font une heure. C’est donc l’intellectuelle de la bande.

L’aiguille des minutes a remarqué qu’elle faisait en une journée ce que d’autres faisaient en deux semaines, et ça la ronge. Parce qu’en plus, elle a les dents qui rayent le cadran. Elle rêve d’un putsch qui à ses yeux ne serait que justice sans jamais oser passer à l’action, et ce pour deux raisons. La première, c’est que bien souvent, elle est suisse*. La deuxième, c’est qu’elle a peur de la relégation en troisième division et des dégâts mentaux qui l’accompagnent. Car c’est uniquement quand les masses n’ont plus rien à perdre qu’elles se révoltent. Ce besoin de renverser l’ordre établi difficilement contenu par une crainte très bourgeoise de déclassement social ont précipité l’aiguille des minutes dans une profonde schizophrénie.

L’aiguille des heures

C’est une aristocrate ventripotente et consciente de ses privilèges. Oui, c’est vrai : elle met une demie journée pour faire ce que d’autres font en une heure. Et alors ? Elle, elle a des responsabilités. Et il faut bien que quelqu'un le fasse, son boulot. Elle aime répéter à qui veut bien l’entendre qu’elle est l’élément indispensable de tout ce petit monde. Ce qui n’est pas forcément vrai, d’ailleurs.

La vie oisive et étiolée qu'elle mène et la crainte permanente d'un soulèvement des classes laborieuses suscitent chez cette aiguille une paranoïa aiguë.

Tout tourne-t-il rond dans le boîtier d'une montre ? Si le petit monde qui l'habite peut sembler au premier abord paisible et harmonieux, en creusant notre étude, nous découvrons que cet équilibre n'est que la résultante de troubles plus ou moins graves à l'échelle des individus, d'où une certaine instabilité. Ainsi, notre étude a mis en exergue une société dont les rouages sont sensibles au moindre mouvement social.

La semaine prochaine, nous étudierons le refoulement des pulsions chez les touches de clavier.

*"En Italie, sous les Borgia, pendant trente ans, ce ne furent que guerres, terreur, massacres, bains de sang, et il y eut Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. En Suisse, cinq cents ans de démocratie, de paix, d'amour fraternel, et cela a donné quoi ? Le pendule à coucou !" Le Troisième Homme,  Carol Reed.

lundi 13 janvier 2014

Maud la Fashionista

Bien entendu, elle travaille dans la mode. Ce n’est pas le genre de fille qui irait bosser pour une ONG, si vous voyez ce que je veux dire.

En fait, je ne l’aime pas trop, mais comme c’est la meuf d'un de mes amis, je suis obligé de la fréquenter. L’autre jour, j’ai demandé à mon pote : « Ça fait combien de temps que ça dure, ton amourette avec elle ?
-Depuis la première.
-La première année de fac ? Ça va, c’était y’a pas si longtemps, tu n’as fini ton M2 que l’année dernière…
-Non, la première. »

Bon ok, elle ressemble à Mélanie Laurent.

"T'es au courant qu'il y a une fille avec des yeux de cocker dans ton coffre là ?"

Une fois, elle m’a dit un truc gentil : « Elles sont super jolies tes nouvelles chaussures, tu les as achetées où ?
-Euh... San Marina...
-Attends fais voir ? Ah j’avais pas bien vu, elles sont pas si folles que ça en fait ».

Et encore, moi elle me traite bien. Une fois elle a critiqué la tenue de son mec, devant moi : « le chino, c’est complètement yesterday, il n’y a plus que Hedi Slimane qui en fait mais on sait tous qu’il est complètement en panne d’inspiration. Hein Jérôme ?
-Qui ça ? ». Là, j’ai essayé de me la jouer bobo branchouille pour qu’elle m’épargne : « Ah oui, il est complètement 2013 ! »
Elle a ri : « dire qu’un truc est « complètement 2013 », c’est comme les chinos, Hedi Slimane et les Beatles. C’est... Yesterday ».
Si on ne se comprend pas, elle et moi, c’est aussi à cause du vocabulaire : « Tu me passes mon foulard framboise écrasée ? ». Je lui en ai passé un. «Non, ça c’est le rose ». Je lui en ai passé un autre. « Non, ça c’est le fushia ». Elle m’a jeté un regard qui voulait dire « mais c’est qui ce gars mal dégrossi ? » et elle est allée se le chercher elle-même, son torchon.

Je me souviens aussi de la fois où elle avait acheté une cravate à son copain qui n'en porte jamais. Les cravates à rayures verticales, c'est comme le clou de girofle : on aime ou on n'aime pas.

Leur lapin s’amusait à croquer les passants de mon jean. Pas rancunier, je lui ai appris à faire des trucs marrants, comme manger des sacs plastiques. C’était leur rendre service de les débarrasser de cette saleté.

Forcément, elle habite à Paris. « Poissy ? C’est où ? Les Yvelines ? Connais pas. T’es venu en RER ? Mais comment t’as du trop galérer pour venir ! »

J’ai essayé de lui faire comprendre que je ne l’aimais pas : pour son anniversaire, je lui ai offert une échelle que j’avais échangée à un inconnu qui attendait un taxi à St-Michel contre deux Lucky Light. « Cool, c’est exactement ce qu’il nous fallait pour étendre des serviettes ! ». Loupé.

Et elle a une salle manie aussi : elle adore faire des brocantes. Un jour, je me suis pointé chez eux et j'ai demandé à mon pote : « Euh… Tu sais qu’il y a un faisan qui s’est installé sur ta commode ?
-Oui, c’est un moulage de Charles Lemanceau. Il était à 5 euros, mais Maud l’a négocié à 3 ».
En rentrant chez moi, je suis allé voir sur eBay à combien s’échangeaient ces bibelots. C’est là que j’ai commencé à vraiment la détester.

mercredi 31 juillet 2013

Un peu de poésie

Je sais que ma cousine Marie est née en mai : elle a le tempérament de quelqu'un qui a été accueilli lors de sa venue au monde par un soleil qui brillait, des oiseaux qui chantaient et des arbres en fleurs. Mais si je connais le mois de sa date de naissance, je n'en connais pas le jour.

Ce premier mai, je me suis dit que j'allais tout simplement la demander à son frère. Sauf qu'il avait changé de numéro un an avant et que j'avais oublié de l'enregistrer. Le dix, je me suis dit que j'allais lui souhaiter son anniv le 15. Je me tromperais peut-être, mais pas de plus de deux semaines, l'honneur et les relations familiales seraient saufs. Et de toutes façons, il lui arrive souvent de se planter au moment de me souhaiter mon anniv donc ça aurait été un peu osé de sa part de m'en tenir rigueur. Sauf que le 15, j'étais persuadé qu'elle était née le 19. Et le 19, j'ai oublié de le lui souhaiter... Mais elle était née le 31, d'accord, j'avais un peu hésité avant, mais maintenant j'en étais certain. Et puis le 31, je me suis souvenu qu'en fait c'était l'anniv de Mélissa et non pas de ma cousine.

Début juin, pour sauver les meubles, j'ai décidé de frapper un grand coup en composant pour elle ce qui suit.

Je n’ignore pas qu’il est une date en mai
Qu’il eût été courtois pour moi de te souhaiter.
Le dix-neuf ? Le trente ? Ou peut-être bien le vingt…
Occupé à chercher, je ne vis poindre juin.

Combien de fois ai-je amèrement souligné
Un très léger défaut de ton calendrier
Alors qu’une erreur de seulement quelques heures
N’avait pas d’importance en mon for intérieur ?

A moi le fiel, l’opprobre, que dis-je, la turpitude,
Si je ne corrige prestement cette attitude !
Vite ! Lui écrire une épître ! Mais quoi ? Un sonnet !

Daigne accepter mes excuses et ces quelques vers.
Je te souhaite en retard un bon anniversaire,
Et je salue ta clémence, et son masculin.

(Ce dernier vers faisant référence à son copain)

J'ai fait profil bas pendant quelques jours pour lui laisser le temps de préparer un retour élégiaque, et elle m'a appelé : "Jérôme, je vais faire étudier ton texte par mes élèves" (elle est prof de français). J'étais flatté derrière le combiné. Je suis resté silencieux pour l'empêcher de voir que je rougissais. Elle a continué : "Non, c'est une blague ! Bon tu sais que normalement dans un sonnet tu dois alterner rime féminine et rime masculine ?". Là, elle s'est lancée dans un commentaire abscons en pointant les "absences notoires d'anacoluthes, de syllepses et de diérèses à l'hémistiche". Je n'avais toujours rien dit, et je voyais rien d'autre à faire que continuer sur ma lancée. Elle a porté le coup de grâce avant de raccrocher : "De toutes façons je suis née en février".

Sa réponse à mon poème m'avait un peu paumé, je dirais même plus, j'étais sonné.

C'est bien la dernière fois que je me prends la tête pour lui souhaiter son anniversaire de manière personnalisée. La prochaine fois, je lui paierai un verre. Ou je lui ferai livrer un joli bouquet. Et pour ça Marie est née au moment parfait : les iris fleurissent à la fin du mois de mai.

vendredi 12 avril 2013

L’humour lorrain, c’est quand c’est drôle et que ça ne parle pas de crème fraîche.

Une fois n’est pas couture, comme disait Charlély, j’ai décidé de faire la promo d’un blog que j’aime bien, Alicetbert.

Ce blog est tenu par deux pintades messines. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec la volaille, la pintade messine se situe entre la gallinette cendrée et le chapon germanopratin. Les plus futés d’entre vous auront compris que les rédactrices ne s’appellent pas Micheline et Henriette, et encore moins Gertrude et Joséphine. Bert est une passionnée de photographie colombienne qui se drogue au Sanytol. Quant à la deuxième, Alice, ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est le Nutella et Joseph Gordon Lewitt, plutôt ensemble que séparément. Elles m’avaient contacté pour une interview lors de leur étude sur "l’homme-trophée", c’est comme ça que j’ai fait leur connaissance, et avec le temps je me suis mis à leur donner des conseils ici ou .

Bon mais de quoi parle-t-il ce blog ?

Alicetbert vous fait voyager dans une contrée lointaine peuplée d’individus étranges : Jean-Poney qui vous insuffle une haleine de café/clope dès le lundi matin, Marie-Melon qui a une capacité respiratoire surdéveloppée, Jean-Crush, celui sur qui elles ont jeté leur dévolu et qui aura peut-être le privilège d’être rebaptisé Jean-Love… Bien entendu, le blog relate des aventures extraordinaires : "Alicetbert va chez le coiffeur", "Alicetbert entame un régime" pour ne citer que les plus palpitantes d’entre elles.

Y’a-t-il des sujets tabous ?

Oui : une fois j’ai utilisé le terme "crème fraîche" dans un commentaire. Je me suis fait bannir.

A qui ce blog s’adresse-t-il ?

Ce blog s’adresse aux femmes capitaines d’infanterie qui roulent des patins aux conscrits, aux femmes ayant réussi l’amalgame de l’autorité et du charme, bref, aux femmes nées dans les années 80, et aux hommes qui cherchent à les comprendre (messieurs connaissez-vous la différence entre une tenue d’intérieur et un pyjama ? Savez-vous ce qu’une femme attend d’un coiffeur quand elle lui demande de "couper tout en gardant la longueur" ?).

Est-ce qu’elles postent souvent ?

C’est là que ça se complique. Premier problème : le comité de rédaction se réunit lors de soirées "apérobic" : elles se munissent d’une bouteille de Chardonnay, d’un stylo, et ça part en cacahuètes. Quand elles reprennent leurs esprits le lendemain en fin de matinée, elles prennent deux aspirines chacune, relisent ce qu’elles ont écrit la veille, se jettent un regard approbateur et le postent sur leur blog. Deuxième problème : la moitié du comité de rédaction consacre une bonne partie de son temps à la fréquentation d’une salle de sport, ce qui restreint d’autant le temps qu’elles consacrent à l’écriture.

Un fan qui trouve qu’elles ne postent pas assez souvent d’articles

Je vous invite donc à aller faire un tour sur ce
blog mais attention à ce que vous dites dans les commentaires…

mercredi 10 avril 2013

Interview de Carla Bruni inspirée de faits réels (n°2)

Carla Bruni, bonjour. Avant tout, comment avez-vous trouvé l’Elysée ?
Très facilement ! Vous voyez quand on est rue Royale et qu’on va vers la place de la Concorde, c’est tout au bout à droite, rue du Faubourg Saint-Honoré. C’est là où tout le monde va faire son shopping.

Hum ! Vous voilà donc redevenue chanteuse… 
Oui… J’ai compris que je ne pourrai pas cumuler les professions de chanteuse et de première dame lors d’un dîner avec M. et Mme Obama. J’avais joué un peu de guitare juste avant. Je vous laisse imaginer l’état de mes ongles pendant le repas. C’était une catastrophe : le vernis s’est effrité malgré le top coat. Toute la nation était ridiculisée. C’est mon pire souvenir des cinq dernières années. D’ailleurs, peu de temps après, la France a perdu son triple A, tout cela par ma faute, vous imaginez ? Je suis impardonnable.

Vous évoquez votre "pire souvenir". Lequel était le meilleur ?
C’était à une réunion des chefs d’états européens pour statuer sur le sort de la Grèce. Je portais des escarpins Prada, une jupe Paul Smith et une veste Saint-Laurent. Pour moi, c’est ça, l’Europe multiculturelle. Non… En fait mon meilleur souvenir je crois que c’était en Afrique, dans un bidonville où tous les enfants avaient le ventre gros comme un ballon à cause de la malnutrition. Je leur ai expliqué qu’il fallait qu’ils mangent cinq fruits et légumes par jour. C’est ça aussi, être première dame : se rendre utile, faire le bien au-delà des frontières.


Revenons à votre nouvel album : "Little French Songs". Une des chansons s’appelle "Mon Raymond". Est-ce que c’est une
 circonvolution pour protéger quelqu’un de votre entourage ?

Ah non ! Là c’est jusque que je cherchais une rime avec "bon" et que "Nicolas" ça n’allait pas. J’ai failli l’appeler Raoul mais j’aurais été à court de rimes après "déboule", "boule", "cool" et "roucoule". Du coup je l’ai appelé Raymond. En fait ce n’est pas dur d’écrire des chansons. Mais ça m’est déjà arrivé de faire des "circonvolutions" comme vous dites, notamment dans la chanson "Raphaël" où je parlais d’un de mes… Amis.

Qu’avez-vous pensé de l’attitude de Gérard Depardieu ?
Depardieu est un être merveilleux, un artiste au talent immense et de surcroît un amant… pardon un "ami" formidable. C’est quelqu’un de très généreux : rappelez-vous de son aide lors de la campagne de mon mari en 2007 ! C’est aussi un homme très simple : lors d’un repas après un meeting, je l’ai vu faire honneur au dessert (rires) ! Nous servions un baba au rhum dont j’avais supervisé moi-même la préparation.

Vous ne vous êtes pas prononcée sur le mariage pour tous.
Je ne suis ni pour, ni contre, bien au contraire.

Une dernière question pour conclure : est-ce que vous avez des projets ?
Oui j’envisage de faire une tournée dans toute la France, et peut-être même en Europe. Aujourd’hui le climat est plus propice que pendant le quinquennat de mon mari, vous comprenez. (Elle baisse le ton et cache le bas de son visage derrière le dos de sa main) Ne lui en parlez pas mais je le soupçonne de m’organiser une surprise pour fêter nos dix ans de mariage. Il est constamment au téléphone en train de faire des préparatifs. D’un côté, c’est un peu bizarre, c’est dans longtemps…

Attendez mais… Vos dix ans de mariage… Ça nous projette en 2017 ! C’est justement une année électorale !
Ah bon ? 


vendredi 15 février 2013

Il y a des moments dans la vie d'un homme où...

Il y a des moments dans la vie d'un homme où il se trouve seul, face à son destin.
Moi, c'est quand je dois faire un cadeau. Ce n'est pas un problème de radinerie ou de volonté mais à chaque fois que je dois faire un cadeau, il y a des complications. Premièrement, il faut avoir une idée de ce qu'on va offrir. Ainsi, deux heures avant l'anniversaire de ma sœur cet été, j'ai reçu l'appel d'une cousine.
Marie : "Hé Jérôme t'as acheté quoi comme cadeau à ta sœur ? Je peux participer ?"
Jérôme : "T'as oublié à qui tu t'adressais ? Je n'ai pas encore trouvé de cadeau ! Je crois que je vais lui acheter un livre..."
Marie : "C'est un livre que tu as aimé ? Il paraît que c'est mal poli d'offrir des livres qu'on n'a pas lus..."
Deuxièmement, si on achète un livre, il faut qu'on l'ait déjà lu. Ce principe de politesse est assez juste. Après tout, si on offre un livre qu'on n'a pas lu, on sous-entend un peu : "Tiens je t'offre un bouquin... Non je ne l'ai pas lu, tu sais bien que ma vie est trop palpitante pour que j'aie du temps à consacrer à ces conneries. Mais toi, avec ta vie de merde je suis sûr que tu trouveras le temps de le lire et avec tes goûts de chiottes, je suis sûr que ça va te plaire. Allez bon anniv’ !".
Troisièmement, un objet quelconque n'a le statut de "cadeau" qu'une fois qu'il est recouvert d'un assemblage compliqué de papier coloré et de scotch aussi connu sous le nom d’« emballage ». Les miens m'ont rarement emballé. Il y a longtemps, j'avais connu une fille qui faisait les paquets à l'Univers du Livre pour payer ses études. Elle avait mon âge, mais ses facultés étaient nettement plus développées : vous lui donniez n'importe quoi, elle y jetait un coup d'œil désinvolte et deux coups de ciseaux plus tard elle vous rendait votre cadeau empaqueté à la perfection. Aujourd'hui, je ne sais pas ce que cette fille est devenue. Elle doit probablement travailler dans un ministère ou dans la recherche contre le cancer.
J'avoue avoir cédé quelques fois à la tentation de la pochette cadeau Fnac : une enveloppe kraft gaie comme un jour de pluie avec le logo du magasin pour toute fantaisie. Ceux qui s'occupent du marketing de l'enseigne sont des petits futés : en nous donnant un accès gratuit à ces fameuses pochettes, ils nous donnent envie d'acheter du papier cadeau.
Pour ne rien vous cacher, il n'y a pas si longtemps, alors que les jours qui me séparaient de Noël pouvaient se compter sur les doigts d'une main de menuisier, j'étais au bord du gouffre. Comme l’écrivait Aragon :
Il n'aurait fallu,
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne.
Mais une main nue
Alors est venue
Et a pris la mienne.
Et oui car je n'étais plus « seul face à mon destin » ! Ma copine m'a rassuré en quelques mots : "Je suis super forte pour faire des cadeaux ! Demain matin, on ira dans la boutique en face de chez moi. Ils y vendent du vin, tu trouveras sûrement un cadeau pour ton père. Pour ta sœur, on ira dans un magasin de fringues un peu plus loin dans la rue et pour ta mère...". Là je l'ai arrêtée. Pour ma mère, j'avais déjà une idée. Non mais oh ! Je ne suis pas complètement nul non plus.
Le lendemain, en trois quart d'heure, c'était bouclé. Et en rentrant on s'est partagé les tâches : moi je la débarrassais de son reste de tartiflette et elle, elle faisait mes paquets cadeaux.
Sur le trajet du retour, chargé comme un mulet, une pensée glaçante m'a traversé l'esprit. Il fallait que je trouve un cadeau pour ma copine...
Il y a vraiment des moments dans la vie d'un homme où il se retrouve seul, face à son destin.

mercredi 13 février 2013

Il était à Bruxelles une fois


C’est dur pour tout le monde ce vendredi matin à 7h15 sur le parvis de la fac, d’autant plus qu’il a neigé pendant la nuit. Ce qui rassemble 80 personnes avant l’aube en plein hiver n’a rien à voir avec les études : nous partons en week end dans le pays de Gérard Depardieu, la Belgique.

Bruxelles, c’est à 4h de bus de Paris. 4h de bus, c’est sensiblement moins long que 4h d’économétrie des données de panel, mais c’est long quand même. J’ai trouvé un truc pour nous occuper : Robin habite à perpette de la fac, dans une petite bourgade nommée Viarmes. Si vous ne connaissez pas c’est normal. Si vous connaissez, je suis désolé pour vous. Le bus file sur l’autoroute en rase campagne, le paysage est aussi blanc qu’une de mes copies de stats pendant ma première année de licence, et Robin annonce innocemment : « on ne doit pas être très loin de chez moi là… ». Il a réveillé la bête : dès que j’aperçois une bicoque je lui demande si c’est chez lui. Quand je vois une grange, je lui demande si c’était son lycée. Ce petit jeu nous occupe jusqu’à ce que le chauffeur nous annonce que nous allons faire la pause de mi-parcours. A la station-service, la caissière me demande « deux euros nonante-cinq ». Je contiens difficilement un « plaît-il ? » mais l’écran de sa caisse enregistreuse m’affiche le prix avec des chiffres. Nous sommes en Belgique.

La première après-midi est un peu compliquée. Sur le programme, il était indiqué que nous devions assister à une conférence à la Commission Européenne à 14h, mais nous avons décidé de représenter la France à l’international en arrivant à la bourre. La Commission nous attendra.

Je ne sais pas ce qui m’a pris de m’asseoir au premier rang. Le conférencier maîtrise son sujet. Ce qu’il raconte, c’est du lourd, du très très lourd. Mes paupières aussi, c’est du lourd, du très très lourd. Il est juste en face de moi, et dans un souci de savoir vivre, je ne peux pas m’endormir. Mais physiquement, je peux. J’ai pu. Trois fois. Quand je me suis réveillé la troisième fois, c’était pour l’entendre terminer une phrase « … je dis notamment ça à tous ceux qui cherchent un stage ». Et merde. Si je ne trouve pas de stage pour clôturer mon M2, je ne pourrais vraiment m’en prendre qu’à moi-même. Sa conférence dure depuis maintenant une heure et demie. Petit à petit, ses propos, ses slides et son ton laissent deviner une conclusion imminente, mais non : « C’est donc la fin de cette première partie ». Je pars m’offrir une double dose de nicotaféïne et à mon retour mes voisins jouent avec une petite pochette bleue. Dedans il y a un poncho estampillé « Commission Européenne ». Il m’en faut un absolument au cas où l’envie me prendrait d’aller à une soirée poncho, de tourner un remake des visiteurs ou si les douanes écossaises se décidaient à me laisser passer la frontière, mais la conférence a déjà repris. Du coup je surveille le tas de pochettes sur la table, de peur qu’on ne l’enlève. Je surveille aussi Fabien qui a fait la connaissance de la petite Séréna dans le bus. Ils se sont mis tout au bout de la salle et se font des chatouilles. Quand son regard croise le mien, j’imite Kheiran dans Bref. Ça me change : d’habitude, j’ai plutôt le rôle de Kyan Kojandi.

Il est tard, il est temps d’aller manger. Nous nous engageons dans de petites ruelles et là, tels Christophe Colomb avant nous en Amérique, nous découvrons une petite place super jolie. J’ai l’impression d’avoir découvert un lieu magnifique et secret, reservé aux badauds qui se perdent au gré de leur rêverie. J’avais déjà ressenti ça quand j’avais arpenté pour la première fois la rue Edouard VII à Paris. Plus tard, nous apprendrons que nous étions sur la Grand Place, le lieu le plus touristique de Bruxelles. Un peu plus loin dans notre cheminement, nous trouvons une bonne auberge. Moi quand je suis à l’étranger, j’aime manger local. J’ai donc commandé une pizza Manneken Pis.

Nous décidons de poursuivre la soirée au Delirium mais les videurs ne veulent pas nous laisser entrer avec notre bouteille de whisky, notre coca et nos gobelets, donc nous retournons sur la Grand Place pour la siffler. Il ne fait qu’une demi-douzaine de degrés en dessous de zéro. Concernant la suite de la soirée je dois reconnaître que mes souvenirs sont un peu flous, je me souviens avoir pris des shots d’absinthe, avoir chanté « toi qui voulais… » avec un amateur de chanson française francophone et avoir fini dans les choux de Bruxelles jusqu’à ce qu’une voix me harangue à un carrefour : « hé Jérôme tu rentres avec nous ? ». C’était des compagnons de voyage qui avaient une place de libre dans leur taxi (Marianne tu me diras combien je te dois).

"Ils étaient comme ça vos agresseurs ?"


Le lendemain matin, on entend les exploits de la soirée. Ça commence à 8 heures avec cette cruche de Séréna qui nous réveille pour nous raconter qu’elle a pris de la MDMA et qu’elle a trop la pêche pour se coucher. A 9 heures, c’est un dur qui raconte qu’il a couché 5 mecs qui l’attaquaient à lui tout seul1. A 10 heures, c’est Paulo qui raconte que 5 mecs ont voulu coucher avec lui comme ça se fait dans les caves de nos banlieues (plus tard, on leur demandera si ses 5 mecs étaient les mêmes que ceux du gros dur, mais non. On leur demandera aussi pourquoi ils n’ont pas passé la soirée ensemble, l'un aurait protégé l'autre). Comme tout ce petit monde ne veut pas laisser dormir ceux qui sont couchés (de leur plein gré, eux), à 11 heures, je me lève et je me prends les pieds dans une grande toile en nylon. Mais bordel qui est le con qui a ramené un poncho dans la chambre ?

Toute ressemblance entre cette définition 
et une personne citée plus haut est absolument fortuite


Le programme de la journée est plutôt light : un musée de la bière sans conférencier cette fois-ci (on a eu notre dose la veille), le Manneken Pis et un petit vin cuit sur la Grand Place. Ce n’était pas un grand cru, puisqu’il était cuit. Il était vachement bon quand même.

Le soir on décide de se chauffer tranquillement dans une chambre voisine avec un petit jeu calme (le mafieux) et seulement une bouteille de whisky et une de vodka. La chambre dont je parle avait l’affluence d’une gare et la fréquentation d’un squat. Un gros barbu est sorti d’un placard, il a salué Jesse et Chester, il a pissé dans le pot d’une plante verte et il est retourné d’où il venait. Métro2, bar, absinthe et trou de mémoire. En rentrant à l’auberge de jeunesse Fabien décide de fumer une clope dans la salle de bains. On le suit. Après avoir passé une vingtaine de minutes dans cette petite pièce nous découvrons, posé sur un radiateur, un sandwich comme on en voit dans la série How I met Your Mother.


"Hé mais je te reconnais toi3..."

Le lendemain, après avoir rapidement bouclé nos sacs (moi j’ai mis un peu plus de temps que les autres à cause de ce foutu poncho qui prenait vachement plus de place une fois sorti de sa pochette), j’ai insisté pour que nous allions manger des frites. Ca aurait été un crime de ne pas en manger au pays de la bédé, de la fricadelle et de Marc Dutrou Jacques Brel.

Dans le bus, sur le trajet du retour, une fille me fait remarquer que le chauffeur a une pelle derrière son siège. Avec les autres, on en avait vu sur des écussons qui ornaient la Grand Place, et on s’était demandé si ce n’était pas l’emblème de la Belgique, un peu comme notre coq ou notre fleur de lys. Du coup, j’aurais bien ramené une pelle en souvenir. Je ramène des souvenirs à la pelle, c’est déjà pas mal.



1C'est probablement ce que l'ethnologue René Gosciny appelle des "carabistouilles" dans son ouvrage Astérix chez les Belges.

2Si je vous dis que sur une même ligne vous avez les stations « Eddy Merckxx », « Place de la roue », et « Saint-Guidon » vous me croyez ou pas ? Et si je vous dis qu’il y a une station qui s’appelle « Jacques Brel » ?

3Jeu Concours ! La première personne qui reconnaîtra également cette personne et qui m'enverra un mail avec son nom gagnera un magnifique poncho, état neuf, jamais servi.